Aaaaaaargh!!

11 08 2008

 

Nous sommes le 11 août, c’est le creux de l’été, même si l’on sent déjà venir le terme de ce trou d’inactivité béant en son milieu. Je devrais me laisser aller mollement dans la chaleur, profiter des trams déserts et du centre ville abandonné.

Mon œil, oui.

Hier, les puces de Saint-Michel avaient à peu près l’affluence habituelle, les rues n’avaient pas cette désolation coutumière des dimanches estivaux, l’animation dans les rues, quoique moindre, restait notable.

Et aujourd’hui, les affaires continuent. D’une main, je traduis les aventures de Kane et un roman de Stephen Fry; de l’autre, je révise les épreuves d’un roman pour Calmann-Lévy, À la pointe de l’épée, et d’une réédition en poche pour Folio, Le livre de Cendres. Normalement, tout ne devrait pas se précipiter comme ça, il devrait y avoir un étagement des tâches, une gradation. Et un effet rentrée. Nous ne sommes pas encore à la rentrée, bon sang! J’avais espéré, calculé en ce sens. Mais les portions qu’on ne calcule pas viennent s’encastrer traditionnellement dans les secteurs déjà encombrés. Ce doit être une loi dérivée des principes de la gravitation universelle, ou de la loi de Murphy.

Je ne vois pas d’autre explication.

Reçu de Bud Plant un colis que j’avais un peu oublié, dans l’accumulation des travaux. Notables, surtout: deux ouvrages. Le premier est un recueil des strips de Dan Barry sur Flash Gordon. Bonheur sans égal, je découvre dans la préface de Rick Norwood que ce recueil enquille directement sur le recueil précédent de Dan Barry (le seul paru à ma connaissance) édité chez Kitchen Sink et vendu sur les noms de Kurtzmann et de Frazetta, qui en avaient ghosté certaines portions. Et c’était le début du travail de Dan Barry sur le strip! Happy, happy, joy, joy! J’aime beaucoup Kurtzmann et Frazetta, et leur apport au strip était remarquable. Mais, nostalgie d’enfance aidant, je suis avant tout un amoureux du dessin de Barry sur Flash Gordon. Gamin, j’ai mis au pillage les empilements du quotidien Sud-Ouest en train de moisir dans un des greniers du moulin à eau qu’avaient mes parents, à la limite de la Gironde et du Lot-et-Garonne. Maintenant que j’y réfléchis, je me demande un peu pourquoi ma mère a conservé si longtemps ces collections de quotidiens que personne ne consultait, alors qu’elle était plutôt prompte au nettoyage par le vide (non, je ne fais pas partie des gens dont l’enfance a été traumatisée par l’expédition à la poubelle de leur collection de bédés. Mais j’étais vigilant).

Certes, Sud-Ouest, mon grand-père y travaillait, longtemps à la clicherie, un de ces postes que l’informatisation a fait disparaître, je présume. Il nous avait abonnés au quotidien, qui publiait quelques strips: je me souviens de Guy l’Éclair et de Modesty Blaise, tandis que la Charente Libre contenait de très jolis Panda de Marten Toonder. J’adorais Guy l’Éclair. Les histoires étaient de la science-fiction, nouvelle passion suscitée par la découverte de la bibliothèque parentale, de H.G. Wells à divers Fleuve Noir. Les dessins étaient superbes, vivants, clairs, attachants. Après avoir collé dans un cahier improvisé (des feuilles de papier machine souplement agrafées) les divers strips d’une histoire où Kozy et Skurvy s’efforçaient de tirer parti de gamins avec des pouvoirs psi (dans mon enthousiasme, j’avais fabriqué les dés à quatre faces de l’histoire. Par contre, mes pouvoirs psi ont tardé à se manifester), j’avais décidé qu’il devait y avoir un filon exploitable dans cette accumulation de quotidiens. Surmontant mon allergie à la poussière et mon manque d’enthousiasme vis-à-vis des araignées et autres conviviaux arthropodes, habitants de ces lieux, j’avais réuni une pile impressionnante de strips, rangés par ordre chronologique, et affligés de trous sans doute dus à la disparition d’un journal pour emballer des ordures, couvrir des fonds de caisses ou allumer le feu (c’était un vieux moulin, où l’on se chauffait autour de la cheminée).

Et depuis, j’attends qu’un éditeur fasse le travail de collecte et de publication de l’œuvre de Barry. C’est dire si je suis patient: ça doit faire trente ans, à un lustre près.

Ce recueil, Star over Atlantis (Manuscript Press) est un régal. Bon, la couverture de Tom Yeates est loupée (composition inexistante, couleurs moches), et la back cover est consacrée à Al Williamson (qui est bien gentil, et dont j’aime beaucoup le travail sur Flash Gordon, mais je suis venu pour Barry, moi!). Mais à l’intérieur, 188 pages de strips, pour la plupart bien reproduits (certains, au fond un peu grisé, semblent être des scans de strips imprimés. Les autres sont-ils reproduits d’après des originaux? J’en doute un peu, mais la préface de Norwood s’attarde plus sur la répartition des scénaristes et dessinateurs, dont Williamson, des divers strips — normal, un strip quotidien est une tâche herculéenne, l’emploi d’assistants est inévitable, pour les strips « réalistes » — que sur la source des documents utilisés). Peu importe, le résultat m’allèche bien. J’espère que l’entreprise n’en restera pas là. La mention des épisodes « Dust Devil » ou « The Time Pendulum » m’a rappelé certaines portions frustrantes de ma récolte de strips, où les trous plus nombreux que les strips me laissaient imaginer quelle était cette tornade de poussière qui menaçait Flash et ses amis, ou comment Flash cessait d’errer en se balançant à travers le temps, accroché à une sorte de pelle.

L’autre bouquin, c’est The Haunter of the Dark and other grotesque visions de John Coulthart et H.P. Lovecraft. Comme son nom l’indique, c’est un recueil d’adaptations par Coulthart de diverses nouvelles de Lovecraft. Je connaissais le nom par les collaborations récentes de Coulthart avec Alan Moore, en particulier l’habillage criard mais séduisant des CD et DVD du Magicien de Northampton. Hélas, la déconvenue est certaine.

Les histoires remontent à une vingtaine d’années, et le style en est gâché par les fautes classiques du dessinateur amateur: les décors sont impressionnants (il est un peu amusant de voir les closes d’Édimbourg figurer en lieu et place de Providence, mais Coulthart, manquant de documentation, avait opté pour des photographies d’Écosse d’un ouvrage auquel il trouvait l’atmosphère qu’il souhaitait. Ça se défend assez), mais noyés dans une débauche de textures qui engloutit la vision dans un gris difficile à démêler, ce qui ne joue pas autant qu’on pourrait le croire en faveur d’une histoire lovecraftienne. Les personnages sont maladroits, raides, les expressions caricaturales, les cases mal composées, la narration erratique et confuse. Bref, péchés de jeunesse, le cas d’école. Les blurbs laudateurs de Neil Gaiman et de Burne Hogarth paraissent excessifs, bien que la fin du recueil rattrape les deux premiers tiers (bon, Hogarth a dû être flatté à l’époque par la hem… reprise de ses hommes-têtes de Tarzan dans une illustration consacrée à Lord Horror, dans un ajout en fin de recueil). Le dessin commence à s’améliorer avec l’adaptation de L’Abomination de Dunwich, malheureusement muette et inachevée.

Ensuite, des illustrations plus récentes, où l’on sent l’influence de Giger et l’apparition de l’ordinateur. L’informatique semble considérablement convenir à Coulthart, donc les dessins s’épurent, se composent. Et il faut dire que Coulthart semble plus à son aise dans l’illustration pure que dans la bande dessinée.

En bonus, Alan Moore, en plus de la préface, signe un exercice de style qui paraît amusant (pas encore lu): l’application du Sephiroth de la Cabale aux Grands Anciens, dans un catalogue qui part d’un lieu, Yuggoth et aboutit à un homme, Alhazred (représenté par HPL). Rien que pour ce passage, le livre mérite sans doute le détour. Dommage qu’il ne contienne pas plus de travaux récents, beaucoup plus aboutis, de Coulthart.

Là encore, à suivre.


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