And now for something completely different…

24 09 2009

hurrah.gif

De mon récent et bref voyage en Angleterre, j’ai ramené diverses choses, comme on peut s’y attendre. Notamment une grosse poignée de DVD qui étaient si peu chers qu’il aurait été malgracieux de résister. Parmi eux se trouvait St Trinian’s, un film qui a cassé la baraque au box office anglais et qui, malgré un passage de ses vedettes au Grand Journal, a fait un total bide ici.

St Trinian’s, c’est au départ une série de livres sur un pensionnat de jeunes filles particulièrement branque, dessinés par Ronald Searle. Dans le style de joyeux bazar de l’artiste, les morpionnes sèment un chaos complet en se ruant en déferlantes trublionnes et en commettant les pires bêtises possibles dans un esprit de bonne humeur franchement psychopathe. C’est d’ailleurs une tradition grand-bretonne bien ancrée, qu’on retrouve aussi exploitée dans le Beano, hebdomadaire de bédé GB, où Leo Baxendale contait les exploits hystériques et sociopathes de personnages comme Dennis the Menace (rien à voir avec l’américain Dennis la Malice) et Minnie the Minx.

51LXZgZ54uL_SS500_.jpg

L’école de St Trinian est sans doute la pire école privée de Grande-Bretagne. Dirigée par la décadente Miss Fritton, elle regroupe une population de morpionnes en roue libre et de bombasses sociopathes, qui rappellent davantage la collection Pénitentier d’Oz de Barbie qu’une école respectable. St Trinian’s est en grande difficulté: non seulement le nouveau ministre de l’éducation est prêt à reprendre pour les établissements scolaires rebelles la méthode forte par laquelle il a maté toutes les prisons de Grande-Bretagne dans son dernier poste au gouvernement, mais en plus les finances de l’école sont dans l’infrarouge. Si Miss Fritton n’arrive pas à réunir cinq cent mille livres, il faudra fermer l’établissement et — horreur! — les petites psychopathes qui le peuplent devront intégrer une école normale.

Les délinquantes juvéniles se concertent et une décision est prise: pour sauver St Trinian’s, elles vont voler La Jeune fille à la perle de Vermeer, à la National Gallery. Durant la finale de School Challenge, l’émission-jeu de la télé présentée par Stephen Fry.

Rien que ça.

Ça commence un peu mollement. On sent bien la bonne volonté mais la sauce rechigne à prendre. Aussi amusants que puissent être les divers clans de St Trinian’s (notamment les deux jumelles blondes de dix ans qui sont l’équivalent local de Tony Soprano), on note les gags plus qu’on y réagit. Et puis, peu à peu, l’énormité de la chose s’impose. La première rencontre entre le ministre (Colin Firth) et Miss Fritton (Rupert Everett, totalement génial, qui s’éclate visiblement dans ce rôle de rombière indigne) commence à bien ancrer le bazar: car, voyez-vous, le ministre réac et la principale foldingue se sont connus dans leur folle jeunesse. À l’université (« It was another time, dit Firth. —Another country », corrige Everett; d’ailleurs, il vaut mieux parler anglais pour savourer certains dialogues plutôt intraduisibles: « He’s a count. — Yeah, he sounds like one. ») Comme les dessins d’origine de Searle et les bédés de Baxendale, le chaos enfle (débarquement du bus devant la National Gallery, recommandation de la prof d’anglais de faire honneur à la réputation de St Trinian’s — et une marée de pisseuses hystériques déferle sur Trafalgar Square et prend le noble bâtiment d’assaut). De plus, les gags, aussi énormes soient-ils, sont décrits de façon somme toute discrète, on n’insiste pas sur les plans, certains en sont presque subliminaux.

Rythmé par des chansons de pop bien en adéquation, et sautant sans battre un cil du graveleux au portenawak, des Sous-doués passent le bac à Mission impossible, le film devient de plus en plus roboratif. Dans une scène coupée du film, Miss Fritton, à ses élèves qui viennent lui proposer leur plan pour sauver l’école, explique: « J’ai fermé les yeux sur vos préparations de produits alcoolisés dangereux, vos expériences avec les explosifs, vos trafics de produits illicites, vos tentatives d’extorsion de fonds et même vos prises d’otage. Mais je ne peux laisser St Trinian’s se commettre dans quelque chose d’aussi commun qu’un vol. »

Je ne garantis pas que vous vous tordrez de rire, parce que ça reste un humour extrêmement anglais (il y a plus d’un humour typiquement anglais), pas le plus léger, mais la robustesse et une certaine vulgarité ne sont pas incompatibles avec la verve et la finesse (non, ce n’est pas une contrepèterie). Personnellement, je me suis esclaffé de plus en plus, au fur et à mesure que le film avançait, et j’ai suivi jusqu’au bout le réjouissant générique de fin, qui commence par la chanson des filles de St Trinian’s (« We are the best/So screw the rest/Hockey sticks and balls of steel/Until the end, St Trinian’s/Defenders of anarchy! ») et enchaîne sur un duo assez impayable de Love is in the air chanté par Rupert Everett et Colin Firth (« You love it, you saucy bitch! — Fame Academy, here we come! »).

Bref, c’est un mets incongru d’un mauvais goût certain, style bonbon punk à la violette et au piment d’Espelette, mais si vous appréciez, vous allez adorer.

Publicités

Actions

Information

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s




%d blogueurs aiment cette page :