Wait and see

27 03 2010

Bon, ce fut une journée un peu frénétique. Je ne vais pas revenir sur la soirée d’hier, finalement: je vous ai donné l’essentiel.

Après l’interview de James Herbert par Neil, j’ai été prendre l’air dans Brighton — air délicieusement iodé par une forte odeur de friture — le fish & chips a une certaine tendance à imprégner, voire empoisser, l’atmosphère.

Retour vers quinze heures pour la séance de dédicace de Neil Gaiman. J’ai fait la queue, histoire de causer un peu, ne l’ayant pas revu depuis son passage à Angoulême. En sortant, puisque j’étais d’humeur stationnaire, j’ai fait également la queue pour la séance de dédicace de James Herbert. Ce à quoi l’apparition surprise de Neil avait coupé — la foule, les gens qui arrivent avec six tonnes de leurs bouquins favoris à parapher — se retrouvait ici. La file occupait toute la longueur d’un des couloirs les plus droits du Royal Albion — apparemment, il y en a aussi. Étrangement, arrivé à un coude, les gens disparaissaient et très peu revenaient avec leurs bouquins signés. Ça commençait à ressembler à une histoire d’horreur commencée par Kafka et achevée par Lucio Fulci. A commencé une course contre la montre entre le début de l’interview de Neil par Kim Newman, et le moment où je me ferais dédicacer mes bouquins. Finalement, je suis resté dans la file jusqu’au bout, j’ai survécu au Coin de la mort et je n’ai rejoint le duo Newman-Gaiman qu’à la toute fin: les cinq dernières minutes, comme disait ce bon Bourrel. Ce qui m’a bien attristé, parce que ça avait l’air d’avoir été très bon.

Chelsea Quinn Yarbro (g.) et Tanith Lee (d.).

Chelsea Quinn Yarbro (g.) et Tanith Lee (d.)

Cela m’a cependant permis de voir passer Ingrid Pitt. Transportée dans un fauteuil roulant, très star dans une tenue d’un blanc immaculé et le nez chaussé de grosses lunettes noires, elle est venue saluer James Herbert avant de repartir après son interview écourtée.

« James, je t’aime! Viens t’asseoir sur mes genoux!

Tu te livrerais à des privautés! »

Après une courte et chaleureuse conversation avec Herbert, elle est repartie, poussée par une femme qui nous a dit: « Mesdames et messieurs… Ingrid Pitt! »

Scène superbe, en-dehors du regret de la voir affaiblie.

Le génial Ian Watson, dans une pose involontairement Stan Laurel.

Sorti de la salle pour filer dans la petite salle, pour le grand débat sur l’état actuel de l’horreur. Que du beau monde (Ramsey Campbell, F. Paul Wilson, Lisa Tuttle, Ian Watson, délirant modérateur, Graham Masterton, Chelsea Quinn Yarbro et Tanith Lee). Passionnant débat, très drôle et complètement chaotique, où l’on est passé du temps où Masterton était responsable du courrier de Penthouse à l’escalade dans l’horreur, aux mouvements spontanés de réaction vers le sous-entendu quand la tendance allait trop vers le gore, pour revenir à la notion que ce qui maintient en vie l’horreur, c’est l’amour, celui des petites presses, qui n’ont jamais été aussi nombreuses ni aussi somptueuses (j’adore par exemple le recueil de nouvelles lovecraftiennes chapeauté par S.T. Joshi). Réflexion qui nous a ramené à Penthouse et aux guides matrimoniaux de Masterton, bouclant ainsi la boucle.

Graham Masterton se fait voler la mise au point par son micro. On ne vérifie jamais assez ses photos...

J’en ai profité pour interroger Lisa Tuttle sur l’affaire Birth. Quand ce film, avec Nicole Kidman dans le rôle principal, est sorti en France, j’avais été choqué de voir Jean-Claude Carrière se vanter de sa brillante idée originale, alors que j’avais de suite reconnu l’intrigue assez singulière d’un superbe roman de Lisa Tuttle, Gabriel. Apparemment, Lisa est allé voir le film et a jugé que, sur une idée qui en effet ressemblait à son roman, le film part dans une autre direction. Certes, une adaptation un peu libre de son roman aurait pu donner un résultat identique, mais elle a décidé qu’il n’était pas impossible que Carrière ait entendu ou lu le concept de base du roman — dans une critique, par exemple — et ait écrit son propre scénario. Je continue à trouver les ressemblances troublantes, mais je ne vais pas être plus lisiste que Lisa.

À l’instant où je tapote ces mots sur mon clavier, une bonne partie de la Convention est partie sur cette maudite jetée pour le Banquet qui verra la remise des prix. Ayant négligé de m’inscrire (je ne sais plus pourquoi), je manque donc un succulent fish & chips (ou pas) et je mets à jour mon blog dans le Bar Rogue, avec les autres rebelles, distraits et fauchés de mon acabit (en fait, d’après la mine et les commentaires des banqueteurs à leur retour, je dois me féliciter: les cuisiniers ont réussi à rater le fish and chips et les frites étaient immangeables).

Ce soir, reprise du Gaslight Theatre, et il n’est pas impossible que je me refasse une deuxième séance: la pièce d’ouverture, interprétée par Reggie Oliver, je l’ai vue à la dernière FantasyCon, mais je la reverrai avec plaisir. Ce soir, la troupe In the Gloaming sera bel et bien au complet, et le spectacle devrait donc être complètement différent, avec six acteurs au lieu de deux (ils jouent une pièce dont l’esprit est un peu celui des EC Comics revisités par les Monty Python; plutôt pas mal), et il y a en troisième partie une autre des Stage Frights de Reggie Oliver, The Copper Wig — assommé par deux bouteilles de cidre de poire, j’ai légèrement clumé durant la chute, ce qui est un peu embarrassant, parce que je m’étais installé au premier rang… sur le côté, heureusement.)

L'ambiance sépucrale et feutrée de la superbe interprétation de "A Warning to the Curious" de M.R. James, par Robert Lloyd Parry

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2 responses

27 03 2010
artemus dada

Vraiment très sympathique de ta part de nous donner un aperçu de cette convention.

Mettre un visage sur certains noms, l’ambiance, tout ça est très vivant à la lecture.

Ouais, sympa !

Merci.

27 03 2010
mantichore

C’est vraiment une Convention très réussie: pas mal de têtes connues, dont certaines qu’on n’avait pas vues depuis des lunes (le détachement gallois, avec l’inimitable John Carter — qui n’est pas gallois lui même, mais un sacré personnage, avec ses tatouages, son crâne rasé, sa grande gueule et sa voix tonitruante; impressionnant à l’abord, mais un type épatant quand on le connaît, et je le connais depuis maintenant 26 ans! —, mais aussi Dennis Etchison ou Brian Lumley, des habitués de FantasyCon dans les années 80 et 90, et qui s’étaient fait rares), des gens qu’on voit très peu (Herbert ne vient quasiment jamais aux conventions), des surprises comme l’apparition imprévue de Neil, un programme bien garni tout en conservant une ambiance détendue. J’ai entendu des fans commenter que la Convention allait galvaniser le fandom d’horreur, et ce serait à la fois vraisemblable et très bien.

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