Somerset môme

31 03 2010

Les gorges de l'Avon sous le pont suspendu de Clifton, œuvre d'Isambard Kingdom Brunel.

C’est pas pour me vanter, mais aujourd’hui, il a fait beau, à Bristol. Oh, rien d’estival, le vent soufflait encore bien froid et quelques petites averses sont passées par maille; mais dès qu’il y a du soleil, tout change, sur le comté de Somerset.

Je passe mon temps à explorer tous les coins de la ville, pérégrinant sur les sites d’anciens souvenirs et fouinant dans de nouveaux. Il y a parfois des surprises: ils ont démoli le lycée où je suis brièvement allé et sont en train d’en reconstruire un autre, plus moderne. Certes, la Cotham Grammar School for Boys n’était pas un des joyaux de l’architecture bristolienne, elle devait remonter à des années trente qui ne savaient pas trop comment faire sobre sans faire laid. La Colston School for Girls, en bas de la colline, a échappé à ce sort par sa belle brique rouge et ses jolies ornementations édouardiennes, qui n’ont eu besoin que d’être nettoyées et complétées par une aile moderne qui s’est s’intégrée sans difficulté. Mais quand même: j’y ai suivi quelques cours jadis et j’ai découvert Simenon dans sa bibliothèque, pendant que mon correspondant et ses camarades de classe s’escrimaient sur le terrain de sport ( « Ah non, je ne peux pas faire de rugby avec vous, je suis français! » ). Ça crée des liens.

La Cabot Tower, sur Brandon Hill: en travaux.

Il y a beaucoup de travaux dans Bristol: la Cabot Tower était fermée pour réfection, des chantiers s’activent partout. Derrière le Bordeaux Quay, il y a une Millennium Plaza que je n’avais pas vue lors de mon dernier passage. En même temps, je suis surpris de voir les librairies devenir plus discrètes, les cinémas plus rares, les magasins du style HMV ou Virgin Megastore disparaître. La crise, ou la dématérialisation du support qui fait sentir ses premiers effets?

Dans ses romans de SF, et particulièrement dans Le Système Valentine, le romancier John Varley décrit le développement massif dans le futur de l’industrie des loisirs et du tourisme. On dirait bien qu’il a tapé dans le mille. Au fur et à mesure que je vois progresser la piétonisation et la réfection des centres villes, j’ai la vilaine impression que cette tâche, tout à fait louable par ailleurs, s’oriente trop souvent vers un aspect parc d’attractions qui plastifie l’âme des villes. Des esplanades pittoresques qui mènent vers des centres commerciaux interchangeables aux boutiques de souvenirs ou de fringues branchées et aux restaurants de chaînes, les changements que je vois depuis ma dernière visite à Bristol me semblent aller dans cette direction.

Le prunus de St-Stephen.

Par ailleurs, ça reste une agglomération charmante, malgré le froid cuisant. Les arbres — la ville est extrêmement fournie en végétation — sont en bourgeons, qui ont commencé à éclore aujourd’hui. Il y a de tout, des panaches blancs, roses, et jaunes (pas mal de bouquets de genêts et des touffes de jonquilles et de narcisses sur toutes les pelouses). Le plus spectaculaire est le prunus au pied de St Stephen, toujours abondant et spectaculaire. Il y a des tas de choses à voir, les décorations, gargouilles et bizarreries grouillent sur les façades à prédominance victorienne. J’ai passé la matinée à reluquer les grotesques épatants qui constellent les murailles de l’église Ste Mary-Redcliffe (des démons, des animaux, une manticore et des trognes goinfres qui dévorent les montants — mais pas trouvé de représentation de l’Homme vert, toutefois).

En même temps, je constate que la nostalgie qui m’enchaînait à Bristol commence à fondre. C’est une ville qui a été liée à une partie importante de ma jeune adolescence, qui, alors que j’étais encore môme, m’a sorti de chez moi pour développer mes horizons, a contribué à me faire aimer l’Angleterre et aidé à confirmer une partie de ma fascination peut-être excessive pour les livres. Mais ce séjour m’a montré que ce Bristol-là était attaché à une époque précise, et que le Bristol actuel n’a plus beaucoup de rapports avec lui. Ça reste une ville absolument pittoresque et agréable que je me plais à visiter, mais je pense que la compulsion qui m’a fait revenir deux fois en cinq ans s’efface.

Mais nous resterons très bons amis.

Bon, en fait, Bristol a un statut de cité et de comté. Mais Bristol môme, ça ne voulait rien dire, et Bristol marque la frontière entre les comtés de Gloucester et de Somerset, donc j’ai arrondi. Hé, ho! J’ai le droit, c’est mon blog.

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