Tebeos: ¡Las divertidas aventuras de un hombre del siglo XXI!

30 06 2010

En un temps si lointain que les gens d’aujourd’hui en parlent dans un chuchotement respectueux, comme il convient aux temps de la fable, l’été, c’était l’occasion dans les kiosques et chez les marchands de journaux français de faire venir un surplus de publications étrangères, afin de donner de la lecture aux ressortissants d’autres pays en villégiature chez nous. Et, pour les petiots, on rajoutait une louche de bandes dessinées, et l’on pouvait ainsi découvrir ici un Topolino, là un Fix und Foxi. Il fut même une époque, si oubliée que les plus jeunes s’émerveillent que l’univers ait pu contenir tant de temps en son sein, où on trouvait aux éventaires des comics de chez Marvel.

Cette époque semble bien révolue. Certes, on fait toujours venir de la presse quotidienne (la presse française, outre le fait qu’elle est écrite en français, s’intéressant fort peu à ce qui se passe par-delà les frontières, pour se concentrer sur les choses qui comptent, comme les dernières pantalonnades de notre équipe de foot, les étrangers, s’ils désirent connaître les fadaises de chez eux, ne peuvent compter que sur leurs propres journalistes) et la presse pipole (parce que nous n’avons pas les mêmes qu’eux et que les non entités qui tiennent le public de Voici captivé laissent de marbre les gens d’outre-frontière qui s’intéressent à des produits tout aussi cantonnés à leur terroir).

Mais les bambins ont d’autres soucis que les bédés, et ne justifient plus l’import de productions étrangères.

Bref, pour lire de la bédé d’ailleurs, il faut donc profiter des voyages, qui sont conçus de toute façon pour former la jeunesse — tout se tient.

D’un très court séjour à Barcelone, j’ai donc ramené une poignée d’albums de dates diverses, de styles variés et de qualité infiniment subjective, car choisis au feeling.

Tout d’abord, un bouquin qui n’est pas tout neuf, Manuel no está solo, une intégrale — semble-t-il — des rares bédés de Rodrigo, qui a signé dans les années 80 un long album (Manuel) qui déployait une histoire d’amour impossible (?) sur le décor splendide de la Madrid gay, et une poignée d’historiettes (dont une de deux cases sur deux pages), où des personnages se promènent dans des décors minutieux, laissant au mouvement le soin de fournir la narration.

Album plus récent par sa publication, à défaut de par son contenu, Las Aventuras de Gustavo réunit les exploits du personnage récurrent de Max, le dessinateur catalan, connu pour son magnifique graphisme épuré.

Né avec les années 70, Gustavo évolue avec la maîtrise de Max, démarrant dans des histoires très marquées par l’underground des années 1970 et 1980, tant par le dessin que par les sujets, même si les centrales atomiques et la répression policière croisent invasions extra-terrestres et savants fous. Le tout constitue un épais volume cartonné paru chez la Cúpula au mois de mars dernier.

Pas très récent non plus, apparemment, Total Hero, un recueil de gags signé par Pèrez Navarro et Sempere,  autour d’un gamin totalement immergé dans ses comics, ses jeux vidéo et autres obsessions de geek. Le dessin est séduisant, un genre de croisement entre Janry et Vatine. Les gags sont d’un humour très classique, mais somme toute plaisant. L’album, cependant, semble remonter aux débuts de la décennie, ce qui, comme il était annoncé comme le premier de la série (Un hèroe en casa), laisse penser qu’elle n’a guère rencontré le succès, puisque je n’ai trouvé que ce volume, soldé à la librairie Universal de Barcelone.

Plus chanceux, mais il faut l’avouer, plus rigolo aussi, Carlitos Fax ¡Las divertidas aventuras de un robot del siglo XXXI, d’Albert Monteys nous dépeint, comme le titre l’indique, les démêlés d’un robot qui tient au trente-et-unième siècle le rôle de fax au journal la Voz de Andrómeda, mais rêve d’être un vrai journaliste, à la place de ce bellâtre de Flash Norton (une sorte de Tintin qui serait incarné par William Shatner), l’enquêteur star du journal, connu et adoré de toute la galaxie. Aidé de son robot caméra, Anibal, Carlitos traque toutes les occasions de piquer la vedette à Flash (n’hésitant pas à bloquer sa porte avec un balai coincé sous la poignée ou à lui offrir des places à un concours de beautés nues) et de rapporter le scoop qui fera la une, qu’il s’agisse de l’invasion annuelle de ces couillons de Marsiens, de l’envahissante mode du clonage récréatif, du dernier concert de Charlie Sampler ou de la découverte de l’ultime planète inconnue de la galaxie. Une qu’il décroche souvent, pas toujours pour les meilleures raisons, et chaque courte aventure (trois pages) se conclut sur une vision de la manchette du journal et une case de chute cocasse.

Souvent désopilante par ses dialogues et ses situations, cette nouvelle série d’un des créateurs du dingue Mondo Lirondo — revue animalière totalement déjantée — est une grande réussite. Il semble qu’elle paraisse assez régulièrement dans les pages de la revue de bédé Mister K.

Signalons pour être complet un album cartonné qui fait très Delcourt, pour un œil français, une histoire de steampunk orienté vers la fantasy, Las incredibles aventuras del Duque Dementira. Le Duc Dementira en question est un hardi robot auquel le Grand Mécanologue impérial dérobe par ruse sa source d’énergie perpétuelle, dans ce monde où l’énergie s’obtient par distillation de magie, ce qui la rend rare et précieuse. Pour la récupérer, le duc s’associe avec une ancienne victime du Mécanologue, le voleur Micifú. Rien de très révolutionnaire, mais un récit agréable et pas mal mené.

Enfin, je me suis acheté les deux premiers volumes de Visiones, par Hernán Rodriguez, un jeune auteur ibérique qui adapte les œuvres de H.P. Lovecraft. Si le dessin porte encore ses influences de façon assez visible (en particulier Druillet, sous une forme quelque peu diluée), l’adaptation suit des voies intéressantes: Rodriguez ose raconter « Je suis d’ailleurs » en mettant en scène le narrateur de bout en bout, et pas de façon subjective, un choix pas si évident; il fait du locataire de la chambre voisine de celle d’Erich Zann une femme. Rien de sensationnel, mais des idées originales et pertinentes qui montrent un esprit habile et imaginatif.

J’ai chopé quelques revues plus anecdotiques, un recueil de gags de bureau signé Miguel Angel Martín, qu’on a pourtant connu pour des séries carrément plus sulfureuses; ou deux numéros d’une traduction espagnole de Martin Mystère, qui semble n’avoir pas tenu tellement plus longtemps ici que chez nous.

Pour être complet, citons le numéro 6 d’une petite revue de bédé baptisée Cthulhu et consacrée à des histoires courtes sur des thèmes lovecraftiens. Ce numéro-ci était consacré au versant lovecraftien de l’œuvre de Robert Howard — probablement pour coller à la sortie au cinéma de Solomon Kane.

Et pour finir, une jolie plaquette (signée) de Daniel Torres, BCN-NYC, où se répondent des aquarelles des paysages urbains de Barcelone et de New York. Des évocations, des échos, des reflets dialoguent entre les œuvres. Très beau.

Bref, malgré un court séjour, assez de papier imprimé pour charger mes valises de retour et me donner de quoi perfectionner par la pratique mon espagnol rudimentaire. Je vous le disais: l’éducation se fait par le voyage.


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3 responses

1 07 2010
artemus Dada

Niveau dessin , le Rodrigo a l’air superbe en tout cas (d’après la case que l’on voit du moins). Carlitos Fax aussi à l’air pas mal du tout.

La couverture du CTHULHU est de qui ?

1 07 2010
mantichore

Elle est signée par un certain Pepe Avilés.

Le style de Rodrigo est un curieux mélange de minutie extraordinaire au niveau de l’architecture, un très beau réalisme au niveau des personnages, et parfois une stylisation qui renvoie quasiment au psychédélisme. C’est assez curieux et pas désagréable du tout. Rodrigo semble avoir été peu productif, d’où sans doute le titre de ce recueil: Manuel no está solo, Manuel n’est pas sa seule œuvre!

12 07 2010
artemus Dada

Merci pour les renseignements.

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