Le Seigneur des Postaux

8 10 2010

Histoire de faire une coupure tout en préservant l’esprit précédemment suscité, voici les palpitantes péripéties d’une magnifique saga, dont les trois tomes ont pour vocation de captiver petits et grands, et même moyens. On murmure que tout cela serait basé sur des faits aussi réels qu’authentiques ayant entaché une poste de Bordeaux, habilement suggérée dans le texte. On n’aurait pas entièrement tort.

Le Seigneur des Postaux

Saga Épique de Haute Fantaisie

Un recueil de trois volumes respectivement intitulés La Communauté des Postaux, Les deux tours de piste et le Retour du roi chez lui.

Le début est classique: notre héros attend un colis. Par la thaumaturgie chatoyante du suivi de colis, l’oracle lui prédit que le colis arrivera chez lui, comme par magie, le lundi suivant. Heureux, il attend donc.

Se lève l’aube radieuse d’un lundi pimpant. Notre héros, vaquant à ses occupations, un œil parfois adressé au cadran de la pendule, attend encore. Quand sonne midi, l’heure du messager étant passée, il décide d’en avoir le cœur net et de re-consulter l’oracle. Hélas, comme dans Blanche-Neige et les 7 nains, l’oracle a révisé ses batteries. Il explique que le colis a été retardé par des Causes Externes. Sans autres explications.

Notre héros est un peu marri: d’abord parce qu’il aurait bien aimé consulter le grimoire contenu dans le paquet en question, ensuite parce qu’il se demande bien quelles sont les mystérieuses et terrifiantes Causes Externes qui ont retardé le puissant corps des Messagers, dont les jaunes destriers fendent les airs à travers tout le royaume pour accomplir leur noble tâche.

Mais bon, c’est la vie…

Le lendemain, il part exercer son commerce habituel et ne rentre que tard de sa journée harassante. Dans sa boîte aux lettres, le messager a laissé choir d’une main calleuse mais précise deux parchemins aussi jaunes que son destrier, annonçant que, Noël, Pâques et Mardi gras! il y a même deux colis qui l’attendent, soigneusement blottis dans le sein nourricier du Corps des Messagers.

Le lendemain encore, profitant d’une remise de peine pour bonne conduite à son poste de travail, il chausse ses bottes de Sept Lieues au beau nom de Tram et se présente, la prunelle pétillante et le sourire candide, au refuge des Messagers, en la Citadelle des Poivrières. Il est accueilli par un troll qui disparaît dans les replis ténébreux de son antre. Il demeure longuement absent. Notre héros le voit parfois passer, le parchemin jaune en main, maugréant quelques mots dans un langage incompréhensible — sans doute un rituel cabalistique attaché à la délivrance des colis. Mais le troll revient au bout d’un moment, et confie que les parchemins ont menti à notre héros. Certes, ils parlent de cet antre-ci. Mais en fait, c’est une ruse (probablement pour abuser les malveillantes et énigmatiques Causes Externes, tant acharnées à leur perte) et on les a conduits discrètement et sous bonne garde dans un autre antre, à un bon kilomètre de celui du troll. C’est là qu’un gardien allié a confirmé qu’ils attendaient.

Notre héros, qui a un naturel aigre et n’est jamais content, bougonne un peu, et part d’un pas ferme mais moins pimpant déjà, vers le deuxième antre des messagers. Il fait chaud, il a sa besace de travail en travers du dos, et une patience dont les bords montrent quelques signes d’usure.

Il arrive au deuxième antre. Une foule d’êtres bigarrés et pittoresques se presse pour demander audience. Une fois encore, notre héros en fait autant. Enfin, un ogre de service l’accueille et s’empare des deux parchemins jaunes. Son regard glauque erre sur le document, et il s’enfonce dans son arrière-boutique d’un pas lourd en maugréant les traditionnelles runes, déjà proférées par le troll son collègue. Notre héros attend, la pupille encore pétillante, malgré quelques facettes plus ternes. Enfin, l’ogre revient. Dans sa grosse patte écailleuse, il brandit un paquet: d’un fort beau gabarit c’est bien le Traité des Hommes Supérieurs, de Simonidès et Kirby l’Énergique, qu’attendait notre héros. La joie déferle en un flot fécond sur son cœur satisfait.

Hélas, l’ogre apporte aussi de mauvaises nouvelles: le traité était couvert par un sortilège de suivi, qui a permis de retrouver sa trace et de l’invoquer. Mais, sans doute apeuré par les Causes Externes, décidément terrifiantes et occultes, le deuxième colis, plus modeste et timide, reste terré quelque part, et tous les sortilèges pour le joindre ont échoué. La logique voudrait qu’il soit dans le premier antre, puisque c’est ce qui est indiqué sur le parchemin correspondant. Notre héros fait remarquer, d’une voix où pointe un ardillon d’acidité, que le parchemin jaune de l’autre colis indiquait aussi le premier antre, mais que l’objet a été déniché dans le second. L’ogre hausse des épaules massives comme la cordillère des Andes en exprimant un détachement profond, sans doute conféré par la pratique quotidienne d’exercices zen de haut niveau et la fréquentation de clients qui exigent trop souvent des absurdités, comme la livraison des colis qu’ils attendent.

Plus lourd est le pas de notre héros, alors qu’après un crochet par chez lui pour déposer sa besace, le colis sauvé du néant et son pardessus qui lui tient trop chaud, il reprend le chemin du premier antre. Où le troll, manifestant une joie très mesurée à le voir revenu, lui explique que, ouais, euh, bon, je vais voir, délicieux sabir qui indique qu’il n’aime guère qu’on mette en doute ses déclarations, et qu’en cédant à ces demandes excessives, il laisse entrer le doute sur ses compétences à gérer son antre. Il fourrage quelque temps dans l’arrière-boutique, puis revient avec une copie du parchemin jaune, calligraphiée à la photocopieuse, sur laquelle il demande à notre héros d’indiquer une déité d’appel préférentielle par laquelle on pourra le joindre le lendemain matin, parce que le mutin colis se terre de façon extrêmement rusée et refuse catégoriquement de montrer le bout du groin. Il va falloir se livrer à une chasse, trouver des molosses, des appâts et des appeaux, le débusquer et le capturer. C’est du boulot, notre héros ne se rend visiblement pas compte.

Notre héros indique par quel numéro magique on peut l’appeler le lendemain (par chance, il n’est pas de service en son négoce) et rentre chez lui d’un pas dont les accents primesautiers paraissent désormais absents.

Point l’aube du lendemain, comme c’est le cas tous les jours. Mais cette aube n’est pas une aube ordinaire: c’est l’aube du deuxième colis, l’ogre a été formel dans ses prédictions. La matinée passe sans penser à mal. À midi moins dix, une soudaine pique de lucidité fulgure dans le cerveau de notre héros: ce n’est décidément pas ce matin qu’on va l’invoquer. Il attend patiemment le début d’après-midi et se lance dans une invocation à la Pythie de la Guilde des Messagers. La tâche n’est pas commode, car la Conseillère postale est une entité très courtisée et il n’est pas aisé d’en obtenir audience. Mais la chance est avec lui (enfin, relativement, hein) et au bout de quelques tentatives, il peut déverser la peine de son cœur entre les mains de la suzeraine mystérieuse, cachée à l’autre bout de l’éther. Dans sa grande bonté, elle décide d’intercéder pour notre héros auprès de l’antre du troll.

Hélas, la situation devient dramatique: l’antre ne lui répond même pas à elle, pourtant si puissante suzeraine de l’ordre des Messagers. Horreur, malheur, fatalité! Le lieu serait-il assiégé, attaqué par les Causes Externes, à son tour? Serait-il en passe de tomber sous les coups redoublés de ces pernicieux éléments qui à jamais demeureront innommés pour ne pas terrifier le monde à qui il est préférable de celer la vérité?

La Dame d’au-delà de l’Éther demande à notre héros un numéro magique pour l’invoquer et assure qu’elle va transmettre un message à l’antre du troll, lui demandant de se manifester. Sans doute va-t-elle dépêcher un de ses meilleurs éléments qui, empruntant le sentier magique de l’Internet et trompant la vigilance méphitique des Causes Externes, décochera une flèche véloce en un lieu moins gardé des remparts, expédiant par-dessus la muraille le billet en question.

L’après-midi passe sans réponse. Parfois, notre héros va à sa fenêtre, regardant mélancoliquement dans la direction de l’antre du troll, avec la crainte de voir monter un panache de fumée funeste indiquant que la citadelle serait tombée. Mais seuls le silence et le vide du ciel répondent à son angoisse. À dix-huit heures, il quitte son logis pour assurer le tour de garde nocturne qui lui échoit périodiquement.

Au matin, il rentre chez lui. Nulle trace d’invocation de quiconque pendant son absence. Il accueille cette confirmation avec philosophie, bien que certaines mauvaises langues aient pu affirmer que ses dents avaient perdu un millimètre d’émail, à cause de vigoureux grincements d’une fureur mal contenue.

À neuf heures et demie, alors que chante la campagne et se déploie la Nature dans sa luxuriance caressée par le soleil, une invocation lui parvient. On l’informe qu’avec un peu de retard, le colis magique l’attend en tendant ses petits bras potelés dans l’antre de l’ogre. On lui raconte aussi qu’on l’aurait volontiers prévenu la veille, mais qu’il n’était pas joignable. Comme notre héros a mauvais esprit et qu’il a passé la journée chez lui, il en doute fortement, mais gageons qu’en réalité, les maudites Causes Externes ont encore une fois œuvré dans la coulisse à la perte du corps des Messagers.

Notre héros se rend donc une nouvelle fois à l’antre, récupère son colis avec un minimum de grommellements indistincts et monosyllabiques censés suggérer sa mauvaise humeur, et rentre chez lui.

D’ordinaire, notre héros est assez partisan du corps des Messagers. Il est bien conscient qu’il leur est difficile d’exercer leur métier alors que notre bon Roi-Dictateur élu, sans doute conseillé par des vipères, démons et scorpions, s’acharne à clairsemer leurs rangs. Mais là, deux jours pour retrouver un colis entre le moment où le messager l’a descendu de son jaune destrier et celui où notre héros s’est présenté avec ses parchemins, et ce, sur deux antres de petite taille, ça laisse entrevoir un foutoir assez colossal dans l’organisation du truc.

Notre héros l’a vraiment très mauvaise.


Actions

Information

4 responses

8 10 2010
Cépamarquélaposte !

De bien jolies illustrations que voilà !

8 10 2010
mantichore

Bah, c’est crobardé vite fait pour donner un peu de cachet et d’ambiance! ^____^

8 11 2010
Zaitchick

Je connaissais l’histoire mais pas les illustrations.
Le problème maintenant, c’est que le public attend la suite avec ferveur tandis que la narrateur n’en veut surtout pas.

8 11 2010
mantichore

Ça, c’est le moins qu’on puisse dire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s




%d blogueurs aiment cette page :