Ciao, Cio-Cio

27 09 2011

L’intrigue de Madame Butterfly est connue: «mariée» à un officier américain de passage, la naïve Cio-Cio San, dite Butterfly, gracile enfant de quinze ans, fille d’une riche famille ruinée dont le père se suicida sur ordre du Mikado, croit à la validité de la cérémonie. Elle attendra trois ans le retour promis du crétin, qui arrivera marié, pour se découvrir père, brisant les espoirs de Butterfly, qui suivra dans les pas de son père.

De ce mélo flamboyant, avec des moyens musicaux puissants et efficaces, Puccini tire une œuvre sublime, aux échos toujours modernes – Pinkerton n’est ni plus ni moins qu’un adepte du tourisme sexuel – et une musique qui va du tonitruant à l’impalpable, avec des silences terribles et des friselis de clochettes et de gongs, des airs où dialoguent mélodies japonisantes et hymnes américains. Les personnages sont très bien dessinés: on pourrait s’en tenir à une mise en scène minimaliste, tellement la musique fait tout le travail.

La mise en scène de Numa Sadoul est plutôt réussie, avec quelques légères réserves: le bonze et ses fidèles, cohorte d’irradiés par anticipation (l’action se passe dans le riant port de Nagasaki), forcent un peu lourdement le clin d’œil (le spectateur actuel sait ce que représente Nagasaki, sans avoir besoin d’une frise mouvante sauce Evil Dead en note de bas de page) et la localisation de l’action se prend un peu les pieds dans le texte: alors que l’on chante qu’on est à l’intérieur, les personnages galopent souvent sur la plage. C’est mineur, mais agaçant. Il y  a de belles scènes (celle du rêve du fils de Butterfly est un peu longue et abstruse, mais jolie) et les personnages sont bien campés. Contrairement à d’autres mises en scène, Sadoul ne trouve aucune excuse à Pinkerton, lâche et veule jusqu’au bout (on tend à être d’accord), qui ne reviendra même pas à la fin prendre dans ses bras Butterfly expirante. On l’entend juste l’appeler, en coulisses.

Alketa Cela interprète une formidable Butterfly, rôle assez monstrueux par sa présence en scène et la puissance qu’il exige par moments. Chad Shelton est très bien dans le rôle ingrat de Pinkerton, Veronica Simeoni est une attachante Suzuki, et David Grousset campe un consul très humain. La direction musicale de Julia Jones était impeccable, et je pense franchement que l’absence de standing ovation à la fin du spectacle vient de ce que les spectateurs n’ont pas osé. La scène finale, visuellement très réussie, avec une Butterfly d’un blanc aveuglant dans la nuit profonde, a quelque chose d’écrasant qui laisse coi.


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