Good Game!

20 11 2011

Limite inquiétant: heureusement que je vais de temps en temps à l’opéra pour alimenter ce blog. Mais j’avoue qu’en ce moment, c’est un peu le bagne, question boulot.

Or donc, grâce à l’obligeance de France-Musique et de Denisa Kerschova, j’ai eu le plaisir d’assister cet après-midi à une représentation des Enfants Terribles, un opéra de chambre de Philip Glass d’après le roman de Cocteau. J’étais assez curieux de ce que pouvait donner l’adaptation, et le résultat m’a plutôt impressionné. Sur un décor à la fois très sobre, réduit à quatre ou cinq meubles dont deux lits, et magnifique car utilisant avec beaucoup d’habileté un dispositif vidéo qui contribue au versant onirique de l’histoire, quatre comédiens et trois pianos retracent le roman de Cocteau d’un seul jet…

Enfin, «d’un seul jet»,  pas aujourd’hui, mais c’était fortuit: le dispositif vidéo a partiellement planté, obligeant à un court entr’acte. C’est relativement bien tombé, juste à un moment où un changement de décor exigeait que tombe le premier rideau de scène, et juste avant le bloc final de l’intrigue. Je ne veux pas dénoncer, mais j’ai l’impression que le système tourne sous Windows.

Enfin, bref…

Le dispositif vidéo donne lieu à des images superbes, comme cette chute de neige où apparaît une sorte de cassure qui bascule peu à peu pour révéler un arbre qu’on voyait d’en haut. La mise en scène est sobre, les acteurs chanteurs impeccables. Un trio de pianos (Emmanuel Olivier, Jean-Marc Fontana & Françoise Larat) assure l’accompagnement, ce qui ne doit pas être de tout repos – les partitions de Glass paraissent, au profane que je reste, effroyablement délicates à exécuter par l’emploi constant de cycles de motifs. Ma seule réserve porterait en fait sur la composition elle-même. Glass emploie évidemment son style coutumier, et il en tire des effets souvent très beaux. Ainsi, l’ouverture où le son combiné des trois pianos donne parfois, par un curieux phénomène acoustique dont je ne connaissais l’existence que pour les voix, l’impression qu’un violoncelle les accompagne. Le problème est que le style de Glass me semble assez horizontal dans son déroulement, et manque de développement vertical dans les scènes de dispute entre les enfants, les bridant quelque peu. C’est d’ailleurs dans les passages purement instrumentaux accompagnés d’une narration, que l’opéra brille particulièrement: Glass excelle, mais on s’en doutait, dans les moments oniriques et somnambuliques, comme ceux du «jeu» des deux grands enfants. Toutefois, le final ne faillit pas à retranscrire la fièvre du moment.

Histoire de râler, je noterai que le dimanche en matinée, les pthisiques sont de sortie (sans doute une sortie de masse organisée par un sanatorium voisin), et il y a vraiment des gens qui ont besoin de faire part de l’évidence à tout le monde. L’image évoquée plus haut a fait chuchoter à une voisine «Oh, c’est un arbre», sans doute histoire de secourir les aveugles un peu idiots dont elle était  environnée, médusés par une vision aussi incompréhensible; et le final a fait s’enquérir, quasiment à voix haute, une petite vieille, probablement réveillée en sursaut: «Qui a tiré?». Si elle avait été éveillée, elle l’aurait clairement vu.

Le public, ma brave dame, c’est la plaie des spectacles. ^____^

 

Direction musicale, Emmanuel Olivier • Mise en scène, scénographie, lumières,Stéphane Vérité • Costumes, Hervé Poeydomenge • Réalisation des images numériques,Romain Sosso • Elisabeth, Chloé Briot • Dargelos, Agathe, Amaya Dominguez • Gérard, narrateur, Olivier Dumait • Paul, Guillaume Andrieux • Pianos, Emmanuel Olivier, Jean-Marc FontanaFrançoise Larrat

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