Croiser les parallèles

18 02 2014

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1940 — Un dangereux sous-marin allemand qui maraudait le long des côtes canadiennes est coulé. Mais six membres de l’équipage en ont réchappé. Ils doivent traverser tout le territoire canadien pour atteindre le 49e parallèle, qui marque la frontière avec les USA. Les embûches se multiplient.

Dans un an ou deux, Powell et Pressburger se feront  taper sur les doigts pour le magnifique « Colonel Blimp », film que Churchill voulait de propagande et qui finira par être un appel aux hommes de bonne volonté, qu’ils soient allemands ou britanniques. Churchill ne sera pas content du tout. Gageons que ce qu’il désirait s’approchait davantage de ce « 49e Parallèle », film de propagande plus carré, dont on devine qu’il visait à sensibiliser les Canadiens aux périls du nazisme.

« Blimp » sera un beau film chaleureux; ce « 49e Parallèle » est plus schématique et beaucoup moins nuancé. Les six rescapés vont tracer à travers le pays un sillage empoisonné. Le Nazisme — incarné par le lieutenant Hirth (Eric Portman) et à des degrés divers par ses cinq hommes — se révèle une idéologie diamétralement opposée aux valeurs qui sont chères aux Canadiens: la liberté (l’appel au soulèvement), la vie (l’épisode du pain) et même l’art (Matisse, Picasso et Thomas Mann). Ce schématisme, tempéré par quelques personnages moins tranchés (dont le boulanger — un artisan qui fait du bon pain ne saurait être tout à fait mauvais) rigidifie un peu le propos, même si Powell et Pressburger savent en tirer de belles choses. On est dans la veine pseudo-documentaire de Powell, et les paysages superbes et nombre de séquences tournées dans ce style viennent asseoir la crédibilité de l’intrigue et rendent plus présente, plus immédiate, la menace des six hommes.

L’ensemble constitue un film à sketches, où chaque étape du périple fait intervenir un acteur connu. Laurence Olivier joue à l’enseigne des Chargeurs réunis. Pierre « le Trappaire » avec sa petite moustache, sa truculence forcée et ses expressions en français approximatif, ferait passer Batroc the Leaper, le sautillant adversaire de Captain America, pour un émule de Robert Bresson. Il en est carrément embarrassant. Par contraste, les noms suivants jouent de belles partitions dans des tonalités variées. L’épatant Anton Walbrook, déjà superbe dans « Colonel Blimp » joue avec intensité le « chef » d’une petite communauté religieuse. Leslie Howard est le flegmatique intellectuel qui a presque oublié la guerre. Et Raymond Massey, dont je n’avais jamais remarqué combien il pouvait ressembler à un Steve Buscemi baraqué, joue un déserteur dans la dernière étape, le passage de la frontière.

Le film n’est pas pesant: Powell et Pressburger y glissent de petites touches d’humour, mais on sent ce qu’Hitchcock aurait pu faire de certaines scènes (le jour des Indiens au parc de Banff, par exemple). Le film reste un peu trop orienté vers une vision utilitaire. Il conserve néanmoins beaucoup de charme. Signalons qu’en plus du casting, le film comporte des noms prestigieux à tous les étages: le montage est dû à un certain David Lean et c’est Ralph Vaughan Williams qui a signé la musique. On a été plus mal loti.

Le blouré que publie Carlotta est curieux: belle restauration du film, malgré quelques plans, surtout au début, dans les vues purement documentaires, qui sont plus rayés qu’un 78-T de Caruso écouté chaque jour.

En bonus quasi unique, un film de propagande pure, « The Volunteer », où un habilleur de théâtre maladroit cherche à la déclaration de guerre dans quelle arme il va pouvoir s’engager. Ce sera l’Aéronavale. Le film, probablement de commande, est tourné avec verve et alacrité — c’est Ralph Richardson (oui, Dieu de « Bandits, Bandits », nettement plus jeune) qui joue le narrateur, et on ne s’embête presque pas à suivre la visite des diverses installations de l’arme et la démonstration que même un aimable couillon comme Fred peut devenir une recrue de valeur. Je dis « presque », parce que cette plaisante diversion dure quand même près de 45 minutes, et c’est un chouia long, malgré tout le talent de Powell (qui, incidemment, fait une apparition éclair en toute fin).

Ça reste quand même bien agréable et, en présentant un documentaire tourné comme une fiction, ce moyen-métrage constitue l’à peu près symétrique de « 49e Parallèle ». Un judicieux complément, donc.


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