De boue, les damnés de la terre!

17 07 2014

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Dans les Highlands d’Écosse, des soldats font un exercice de repérage de matière radio-active à l’aide d’un compteur Geiger. C’est l’hiver, il fait froid, le champ boueux est rempli d’ornières où l’eau de pluie est couverte d’une couche de glace. Rien d’étonnant si les soldats font la tête quand, au moment de partir, un d’entre eux proteste parce qu’il n’a pas eu son tour. L’attente menace de se prolonger quand, loin de repérer la masse radioactive qui sert de balise, il repère un dégagement beaucoup plus important de radioactivité dans un autre secteur du champ. Pendant que ses supérieurs délibèrent sur ce curieux phénomène, le soldat note un détail passablement inquiétant. L’eau des flaques n’est plus du tout glacée. En fait, elle s’est mise à bouillonner. Qu’y a-t-il sous terre?

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Après le succès de The Quatermass Xperiment (Le Monstre) en 1955, la Hammer aurait bien aimé tourner un deuxième épisode dans la foulée. Mais Nigel Kneale, qui n’avait pas été enchanté du premier volet et surtout de l’attribution du rôle du professeur Quatermass à Brian Donlevy, déclara qu’il ne pouvait pas produire un volet si rapidement. La Hammer aurait volontiers confié la tâche à un autre scénariste, mais elle n’avait pas les droits du personnage de Quatermass. Et voilà donc le professeur Royston (joué par l’Américain Dean Jagger) lancé sur les traces de ce phénomène effroyable qui ravage la campagne écossaise en laissant hommes, femmes et enfants (ça ne rigole pas!) horriblement traumatisés — quand ils ne sont pas brûlés ou franchement fondus. Au scénario Jimmy Sangster fournit une histoire bien menée, sobre et efficace. Le film, tourné en noir et blanc avec des moyens visiblement modestes, profite de cette qualité quasi documentaire que fournit ce type d’image. Les dialogues, très naturels, parfois couverts par les bruits d’ambiance, participent à cette atmosphère de réalisme, tout en dessinant en quelques répliques des personnages assez vivants pour qu’on ne les voie pas mourir avec indifférence. Si on peut regretter le côté un peu providentiel de l’invention sur laquelle travaillait justement le professeur et qui va s’avérer cruciale pour venir à bout du terrible X, le film demeure très efficace et sympathique. L’image est souvent belle, les personnages sont réussis, on ne perd pas de temps en intrigues secondaires, et on file tambour battant jusqu’au dénouement… assez surprenant, parce que le savant demeure perplexe à la fin. L’amorce d’une suite? On n’en saura rien. Kneale reprit les aventures de Bernard Quatermass avec Quatermass II, et le professeur Royston ne connut jamais la gloire de son prédécesseur.

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Un film qui, en 1956, anticipe le Blob où débutera Steve McQueen, et qui supporte bien le choc du temps. Il a été réédité en bonus d’un coffret blouré australien, nommément consacré à The Quatermass Xperiment, mais doté de cet X The Unknown et de Quatermass II en bonus. L’image, sans être impeccable, est de très bonne qualité et soignée. Bizarrement, le mixage des sons est beaucoup plus contestable: la musique couvre parfois les dialogues, et si certaines scènes y gagnent encore dans une sorte de réalisme, on finit par se dire que cela n’était pas voulu ainsi quand de longs dialogues sont ainsi réduits à quelques mots qu’on capte dans le tumulte. Ce n’est pas tragique, mais c’est assez dommage. On se remettra de ce léger défaut en regardant un film très réussi.

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Un pré, au loin

30 10 2013

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Une bataille fait rage. L’action se situe visiblement durant la Guerre Civile en Angleterre. En marge des combats, un homme essaie d’échapper à ses poursuivants. Au moment où il est rattrapé, on vient à son secours. Et bientôt, quatre hommes aux motivations diverses pénètrent dans un grand champ de hautes herbes, et franchissent un cercle de champignons. 

Un champ où, selon l’homme en fuite et ses calculs alchimiques, se trouve un trésor.

Ce qui arrive dans le champ est soit très bizarre, soit très simple, selon la façon dont vous aborderez l’affaire. Si l’on ne peut pas totalement évacuer une interprétation surnaturelle (il y a ce piquet de coudrier sculpté et cette corde avec, au bout…), les événements qui se déroulent peuvent s’expliquer de façon assez rationnelle. Demeurent des plans et des images tout à fait étonnants, tournés dans un noir et blanc très travaillé, et un film qu’un interviewer dans les bonus décrit, de façon qui m’a semblé assez juste, comme « “Le Grand Inquisiteur” rencontre “2001” » .

Ben Wheatley tourne un film à mi-chemin entre le documentaire et le film de fiction, sur un mode souvent désarçonnant: fondus au noir, tableaux vivants, et surtout une séquence particulièrement psychédélique. Le résultat m’a laissé un brin frustré, parce que, malgré cet énigmatique dernier plan, il m’a semblé que le film était au final assez rationnel, et que j’étais venu en espérant du fantastique bel et bon. « Le film se change en film de cowboys », en dit lui-même Wheatley. C’est pas faux, même s’il se passe dans ce champ des choses que John Wayne n’a sûrement jamais vues.

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Intrigant, original et pas désagréable, malgré tout.

Une sortie du film est annoncée en France directement en dévédé et blouré, sous le titre passablement foldingue « English Revolution ».





Telle est la Loi

12 08 2012

« What is the Law?
— Not to walk on all fours. That is the Law. Are we not men? »

Ne pas marcher à quatre pattes. Tel est le premier commandement de la Loi, sur l’île des mers du Sud où est arrivé, par une succession de malchances, le jeune et viril Parker. Le maître de cet ancien volcan dont la cheminée est désormais envahie par une jungle luxuriante de plantes étranges, peuplée par des créatures qui, en dépit de leurs plaintes – Are we not Men? Ne sommes-nous pas des hommes? – n’en sont visiblement pas, le maître, donc, est le Dr Moreau, vêtu de blanc immaculé, un génie de la génétique qui poursuit dans ce recoin perdu du globe les expériences qui lui permettront de revenir à Londres et de recevoir l’admiration qu’il mérite.

Island of Lost Souls est une adaptation du roman L’île du Dr Moreau, de H.G. Wells. Dans la vague de films d’horreur qui a suivi le succès des Dracula et Frankenstein du début des années trente, Island of Lost Souls (1932) est un film finalement plus rare qui vient de ressortir au Royaume-Uni dans une version restaurée en BluRay, chez Eureka! au sein de la collection Masters of Cinema. Une revanche, car ce film d’Erle C. Kenton, sur un scénario de Waldemar Young et Philip Wylie, avait été interdit à l’époque sur le territoire, ainsi que dans plusieurs pays d’Europe et diverses régions des États-Unis. Il faut reconnaître que, comme le souligne Kim Newman dans le fascicule qui accompagne le BR, la production semble avoir mis un point d’honneur à présenter tous les sujets qui fâchent. Du sexe, du sadisme, de la bestialité, des soupçons de cannibalisme, et bien d’autres moindres joyeusetés.

À la re-vision, le film est un mélange très efficace d’éléments disparates: tourné dans des décors naturels et artificiels très réussis (les scènes de brouillard en mer du début sont belles), le film mêle à la fois cinéma et théâtre, stylisation et réalisme; son esthétique est déjà implantée dans le parlant tout en conservant des concepts de plans très visuels, les clairs-obscurs expressifs hérités des films muets. Le drame du Parlant, c’est qu’il retire trop souvent la primauté à l’image pour se concentrer sur les dialogues. Ici, on n’a pas encore ce problème – malgré des dialogues souvent ciselés, on a encore des passages où seule l’image conte l’histoire.

Les maquillages des Hommes-bêtes sont à la fois rudimentaires et très réussis: il y a des deux, que l’effet de masse aide à répartir, et qui retranscrit finalement fort bien l’étape intermédiaire que représentent les sujets du Dr Moreau. Un gros plan sur Ouran est saisissant par l’aspect hybride réussi: singe? homme? blanc? noir? Il y a de tout. C’est bien un être composite. Par rapport au roman, dont la cruauté est parfois indicible, le film reste davantage dans la suggestion – ce qui reste n’en demeurant pas moins efficace. Si H.G. Wells se réjouit publiquement de l’interdiction du film qu’il n’aimait pas, c’est sans doute qu’il trouvait vulgaire l’introduction du sexe dans son histoire, en la personne de Lota, la femme panthère. Il avait tort et raison. Raison parce que cet ajout par le co-scénariste Philip Wylie (Gladiator, The Savage Gentleman, Le Choc des Mondes et autres romans célèbres et séminaux) est de toute évidence là pour titiller le public, friand de ce genre de romances de la jungle (un autre genre qui connaît un grand succès à l’époque et vaudra bientôt les tournages de Tarzan et de King Kong). Tort parce que, malgré sa perruque pas très réussie (comment peut-on avoir créé les magnifiques maquillages des hommes bêtes et affublé Kathleen Burke de cette perruque de poupée sur-maquillée?), la femme panthère exsude une tension sexuelle palpable, probablement liée à l’attrait d’une sexualité liée au danger, exprimée dans ses attitudes félines, et cette étreinte griffue qui révèle la faille. Attrait qui est notablement absent de la concupiscence manifestée par Ouran envers la blonde Ruth, qui sombre dans le cliché très premier degré du viol de la femme blonde par le vilain sauvage – alors que les sous-entendus sexuels entre Kong et Fay Wray, interdits de concrétisation par la disparité de tailles, restent dans le domaine du non-dit et seront un des puissants ressorts de King Kong. S’il y a un fléchissement dans le déroulement par ailleurs sobre et efficace du film, c’est peut-être à l’arrivée de Ruth sur l’île, qui fonctionne sur le plan scénaristique, mais dilue la tension malsaine entretenue jusque-là.

Vu de nos jours, Island of Lost Souls est sans doute d’abord une parabole sur le colonialisme. Moreau vient instaurer ses règles, civiliser des « sauvages« , mais la greffe ne prend pas et les sujets retournent à leur état naturel. Une parabole dont l’énoncé est bien déplaisant si on oublie un détail capital: si la Loi cesse de s’appliquer, si l’expérience de Moreau échoue, c’est qu’il règne par la terreur et la violence, et qu’il viole lui-même la Loi qui était sa protection suprême. La « civilisation » s’effondre parce qu’elle est intérieurement viciée, une parodie de code, une coquille vide établie pour assurer la sécurité et le bon plaisir du tyran qui l’a promulguée.

Moreau, c’est Charles Laughton, et il est prodigieux. Moreau est un génie, nous n’en doutons pas; d’ailleurs, lui non plus. Mais il ne s’en vante pas outre mesure. Il en est conscient et s’il évoque ses expériences devant Parker, peu lui chaut au fond que Parker s’en offusque. Un type d’une intelligence aussi moyenne ne pouvait pas comprendre: il n’est utile que comme possible étalon. Poupin, lisse au milieu des hommes bêtes chevelus et hirsutes, Moreau est un bébé lisse et gras, odieux de somptueuse, de succulente façon. Madré, jouisseur, il a toujours une ou deux étapes d’avance sur ses interlocuteurs, ce qui l’amuse infiniment. Sadique et voyeur, ce n’est pourtant pas la perversité sexuelle qui le pousse. Ni la Science. Non, sa véritable motivation est autre: « Vous rendez-vous compte de ce que cela fait de se sentir Dieu? » demande-t-il, dans une des répliques qui attira particulièrement l’ire de la censure.

Car plus que la parabole anticolonialiste – pourtant présente et indéniable – je vois dans le film une dénonciation de la religion. Moreau est Dieu. Dans le jardin d’Eden, fertile et caché du monde, qui a été sa première création, il a fabriqué l’homme – plus ou moins. Il est en train de créer la femme. Il a édicté ses commandements qu’un délégué institutionnalisé répète lors de la prière commune pour bien en imprégner son peuple élu. Il est déçu par ses créations, trop en-deçà de la perfection qu’il visait en les créant et en leur donnant un code de conduite. Dans une magnifique réplique, il parle de « the stubborn beast flesh creeping back« : la chair de l’animal, entêtée, qui revient insidieusement. Afin de soutenir la puissance de la Loi, il a la punition: le fouet pour les châtiments bénins et, pour les manquements plus graves, la menace de son antre, la Maison de la Douleur, enfer ou purgatoire atroce, où est née la vie et où la torture cherche à extirper du coupable le mal, afin de tendre de plus en plus vers ce but illusoire de l’homme parfait. Mais la Loi ne fonctionne que si elle conclut un pacte réciproque et si elle est un bloc. Quand elle est temporairement levée pour le bon plaisir de Moreau, elle perd son caractère absolu. Et l’absolu aboli, les sujets mis face à la réalité du monde, confrontés au doute, voient s’ouvrir la faille qui brise tout. La religion ne tient plus et Dieu sera anéanti par la révolte de ses victimes. C’était au fond toute l’horreur du roman d’origine, cruel et noir, ce démiurge monstrueux et dépassionné qui déploie en miniature une histoire de la religion, de la Création à la Chute. La religion au service de la science, la science noyautée par la religion.

Alors que Moreau connaît la torture à son tour, que l’Eden est la proie des flammes, le film s’achève sur un ordre sec et très biblique: « Ne regardez pas derrière vous. » Une conclusion si brutale et terrible que Paramount, décontenancée, ne trouva rien de mieux à placer sur le générique de fin qu’un air de danse particulièrement incongru.

Island of Lost Souls est un film superbe.





C’était pas septembre, que j’ai vu passer?

26 09 2011

J’ai cru voir un mois de septembre.

Bon, l’horizon se dégage. Monty Python! est quasiment maquetté, Low Town est rendu, je n’attends plus qu’une courte préface à traduire pour The Bus. Et j’avance dans A Dance with Dragons. Ce qui ne laisse pas beaucoup de temps pour faire grand-chose. Ce soir, un petit tour au Grand Théâtre, quand même. Ensuite, dans le futur immédiat, préparation de la valise pour un weekend de FantasyCon à Brighton. En plus, les prévisions météo semblent plutôt optimistes.

En lectures, je marque un peu le pas. Desdaemona de Chaz Brenchley dans les transports en commun, et Le Docteur Lerne de Maurice Renard le soir. Quand je pense que je vais probablement revenir de Brighton avec une brouettée de nouveaux bouquins…

Au moins, je n’ai pas le temps de m’ennuyer.





Le Barbier exhumé

30 07 2011

Parmi les plus horripilantes perversités des objets cachés, il y a celle de réapparaître à contre-temps: j’ai beaucoup cherché, pour un bouquin de la Bibliothèque rouge, le petit pamphlet inséré dans un numéro de Taboo, où Neil Gaiman présentait son projet de raconter avec Michael Zulli dans un graphic novel la véritable histoire de Sweeney Todd, le célèbre barbier diabolique de Fleet Street. J’ai retourné tout mon appartement sans le trouver.

Et bien entendu, c’est alors que je cherche un (très gros) bouquin sur Terry Gilliam que je tombe sur l’opuscule en question, tout goguenard dans son innocence. Histoire de ne pas éclater de frustration, je prends un quart d’heure de récréation pour mettre quelques petits extraits en ligne, le temps de calmer mon irritation croissante.

Dommage que le projet n’ait jamais abouti, mais peut-être Neil a-t-il jugé en chemin que le projet s’inscrivait trop près du From Hell de Moore et Campbell.

Ou pas.





L’âme fragmentée de Hill House

24 02 2011

 

Le 26 Juin 1948, parut dans le magazine américain The New Yorker une nouvelle qu’un nombre significatif de lecteurs jugea «écœurante», «un nouveau record pour la méchanceté humaine»; bref, une nouvelle «de très mauvais goût». Un abonné écrivit pour dire que, désormais, craignant de subir un nouveau choc, il jetait ses numéros du New Yorker directement à la poubelle, sans les ouvrir. L’auteur de «La Loterie» était désormais célèbre, elle s’appelait Shirley Jackson.

Shirley Jackson est née le 14 décembre 1916, à San Francisco. Avec un tact infini, sa mère commentera plus tard que la contraception était une belle invention. Il faut préciser que Geraldine Jackson était issue d’une excellente famille, qu’elle avait épousé l’homme qui devait lui faire gravir les échelons de la société comme il faut, et que la rapide naissance (neuf mois et un jour après son mariage) de sa première fille constitua une désagréable surprise pour une femme qui espérait savourer un peu la belle vie avant de songer à une éventuelle progéniture. Pour tout aggraver, Shirley n’était pas la fille que souhaitait Geraldine. Un des enfants de Shirley Jackson emploiera plus tard pour décrire cette improbable filiation la formule: «Un poisson d’or accouchant d’un marsouin (1)». Shirley n’avait pas la beauté de Geraldine, ni sa taille fine, elle n’aurait pas son goût si sûr pour les toilettes. Mais elle était intelligente et dotée d’une forte personnalité.

Elle connaît pourtant une scolarité difficile et ne commence vraiment  à trouver sa voie qu’en entrant à l’Université de Syracuse. Là, elle écrit de la fiction, publiée dans des fanzines universitaires. Un personnage récurrent commence à se développer, il s’appelle encore Y, mais c’est en quelque sorte l’ébauche de James Harris, le Dæmon Lover, l’amant diabolique, comme dans les vieilles ballades et légendes du Nord de l’Angleterre, autour duquel tourneront plusieurs nouvelles du recueil La Loterie. Shirley rencontre Stanley Hyman, qui concentre tout ce qui pouvait horrifier ses parents tellement comme il faut: un intellectuel juif, communiste, grande gueule. Stanley l’encourage à écrire.

Après de difficiles débuts de couple, les Hyman s’installent à New York en 1942. Leurs fréquentations appartiennent à une coterie intellectuelle: Ralph Ellison, l’auteur d’Homme invisible, pour qui chantes-tu?, est de leurs amis. Stanley travaille au New Yorker, et Shirley a déjà vendu quelques nouvelles quand elle décide de devenir écrivain à temps complet — c’est-à-dire le temps qu’elle ne consacre pas à pouponner. Sa personnalité brillante mais curieuse entre en résonance avec celle des enfants. Si le ménage Hyman vit dans une atmosphère qu’un ami charitable qualifiera de «sympathique bordel», Shirley trouve dans l’éducation des enfants, pour sa vie de tous les jours, l’ancrage requis par une imagination souvent débridée. Elle aura quatre enfants et tirera de ses expériences de mère de savoureuses chroniques, Life among the savages et Raising demons.

Son premier roman paraît en 1948. The Road through the wall est le portrait d’un «quartier de classe moyenne, où les individus qui cherchent à progresser selon leur vision limitée d’eux-même sont détruits par leur propre méchanceté», pour reprendre la description de Shirley Jackson. Elle y prend en partie sa revanche sur ses parents, avec lesquels ses rapports seront toute sa vie tendus. Le livre ne rencontre guère de succès. On y trouve déjà des caractéristiques jacksonniennes: des personnages qui sont autant de facettes de l’auteur, la description du mal qui peut germer dans un environnement quotidien, banal.

Shirley Jackson s’entiche de magie noire, sans qu’on sache vraiment s’il s’agit de croyance ou d’intérêt intellectuel. C’est une anxieuse aux rêves souvent terrifiants et, dit-elle, aux dons psychiques qui la traumatisent. Ses enfants l’adorent mais ne savent jamais comment Shirley réagira, au gré de son humeur. Toute sa vie, elle boira, fumera, mangera et travaillera à l’excès. Quand, en 1948, paraît la nouvelle «La Loterie», elle devient une célébrité. Cette nouvelle énigmatique, où une étrange loterie dans une paisible communauté détermine une sorte de bouc émissaire, semble toucher un nerf chez les lecteurs. L’éditeur de Jackson saisit l’occasion et publie un recueil de ses textes: La Loterie, ou Les aventures de James Harris. James Harris est le Dæmon Lover, cette figure fantasmatique à la fois crainte et désirée.

En 1951, c’est Hangsaman, exploration de la vie d’une adolescente au bord de la rupture. Judy Oppenheimer, la biographe de Jackson, dit qu’il est «le plus révélateur, le plus complexe et le plus difficile des livres qu’elle écrirait jamais». Vient ensuite son premier livre consacré aux enfants, Life among the savages (1953), puis The Bird’s Nest (1954), la relation basée sur un fait-divers réel — et peut-être aussi sur les problèmes psychologiques de Shirley — d’un cas de personnalité multiple. Narré par un psychiatre en mal d’écriture (son idole est Samuel Johnson), c’est un livre écrit de façon brillante et incisive, avec une ironie sous-jacente. Un film en fut tiré, Lizzie, que les hasards du calendrier mettent en concurrence avec Three faces of Eve, bien meilleur, qui traite d’un sujet identique et valut l’Oscar à Joanne Woodward.

Shirley écrit peu après un ouvrage de commande, sans grande conviction, un livre sur les sorcières, The Witchcraft of Salem Village (1956), et son deuxième recueil de textes sur ses enfants, Raising demons (1957), moins charmant que Life… On y sent percer de l’acidité.

The Bird’s Nest établissait un rapport métaphorique entre le délabrement de l’immeuble où travaille l’héroïne et son état mental. Dans The Sundial (1958), une maison joue un rôle important. Mais c’est avec le roman suivant, son chef-d’œuvre dans le domaine fantastique, que Shirley Jackson s’intéresse vraiment à une maison qu’elle dote d’une personnalité. Stephen King a dit de The haunting of Hill House (Maison hantée) qu’il s’agissait d’un des plus grands romans d’horreur de tous les temps (2). Il n’est que de lire son Anatomie de l’horreur pour juger de l’enthousiasme de King pour cet ouvrage infiniment subtil, où la terreur naît de peurs diffuses et d’une sensation de malveillance immanente, Robert Wise en a tiré assez vite un film fidèle, sobre et puissant, The Haunting (La Maison du diable — 1963), absolument splendide et complètement angoissant (un récent remake était risible). Les interactions entre Eleanor et Hill House — qui déclenche les manifestations, Hill House ou Eleanor, qui a eu des expériences paranormales dans son enfance ? — les fines notations psychologiques (3) et l’écriture mesurée de Jackson conspirent à la réussite totale du roman. Ce sera tout de suite un succès.

Après Hill House, Shirley Jackson compose encore We have always lived in the Castle (Nous avons toujours habité le Château — 1962), une nouvelle histoire de personnalité double, d’adolescente bizarre vivant dans des fantasmes de meurtre. Des critiques flatteuses saluent l’ouvrage. Mais les problèmes psychologiques, doublés de difficultés physiques, s’aggravent. Shirley Jackson est victime d’une dépression, traverse une phase de complète incapacité à écrire. Elle commence à se rétablir et reprend l’écriture quand, brutalement, elle meurt, le 8 août 1965.

Son mari a publié deux collections posthumes de textes divers, The Magic of Shirley Jackson (1966) et Come along with me (1968). Même si sa production dans le domaine fantastique n’a pas été énorme, Jackson y occupe une importance capitale. Elle appartient à cette dernière génération d’écrivains de formation essentiellement littéraire. Elle a posé, avec des auteurs comme Matheson, Bloch et Leiber, les fondations de l’horreur moderne.

* * *

Cet article, publié initialement sous une forme légèrement différente dans Manticora n°6, décembre 1990, a une dette énorme envers l’excellente biographie de Shirley Jackson écrite par Judy Oppenheimer, Private Demons: The Life of Shirley Jackson.

 

1 — «A goldfish giving birth to a porpoise» : le terme exact serait en français: poisson rouge. Mais l’image du poisson d’or est plus importante.

2 — Charlie est dédié à «Shirley Jackson, qui n’a jamais eu à élever le ton», un don que King peut envier.

3 — Ainsi le doute plane-t-il sur la personne que quitte Théo avant de venir à Hill House, le terme «A friend», employé par Jackson demeurant délibérément ambigu. Le film penche de façon à peine plus tranchée en faveur d’un lesbianisme de Théo. Des rapports troubles entre femmes sont fréquents dans les ouvrages de Jackson.





Trafic d’identités

29 01 2011

Une des plus habiles trouvailles de Howard Phillips Lovecraft consiste en un système de références internes, mélangeant fiction et détails authentiques, dont la répétition d’un texte à l’autre brouille les repères et induit un effet de réel et une familiarité qui semblent valider par contamination le reste de l’histoire. La fameuse bibliothèque de grimoires maudits dote le récit d’une assise, sinon solide, du moins troublante.

En fait, le résultat est tellement concluant qu’il s’est propagé plus loin que Lovecraft ne l’avait prévu, pour contaminer, au travers des textes, l’auteur lui-même. Si l’on se met à croire, même un tout petit peu, au Necronomicon, la tentation est grande d’attribuer à Lovecraft une érudition occulte, puis un statut d’initié à des réalités effroyables. En fiction, ce concept se solde souvent par une fausse bonne idée typique: «Je vais raconter la vie qu’aurait connue Lovecraft, si le Necronomicon, Cthulhu et Nyarlathotep existaient pour de bon!» Depuis quelque temps, les fictions autour de Lovecraft se multiplient et trop de scénaristes se ruent sur cette trouvaille paresseuse comme la misère sur le pauvre monde. Et nous valent une palanquée de «biographies» répétitives, où Lovecraft, Necronomicon sous le bras et lueur hallucinée dans les prunelles, lutte pour empêcher Cthulhu de débarquer à Providence à l’heure du dîner.

Aux marges de ce sous-sous-genre, recommandons au passage un excellent roman de Richard Lupoff, Marblehead, qui tisse une magnifique fiction à partir d’éléments plus réalistes, voire historiques, et avec un résultat autrement plus original.

Alors que paraît ce qui s’annonce pour un moment comme la biographie définitive de HPL, I am Providence par S.T. Joshi (la version intégrale de la biographie déjà parue il y a quelque quinze ans sous le titre Lovecraft: a life, rétablissant quinze mille mots de manuscrit amputés à l’époque, le tout remis à jour, sous forme de deux volumes assez ventrus), plusieurs bandes dessinées traînent la vie de Lovecraft dans la fiction, avec des résultats inégalement satisfaisants.

En voici trois exemples assez marquants.

Le Lovecraft de Hans Rodionoff, Enrique Breccia et Keith Giffen, sorti chez Vertigo en 2003, jouit d’un dessin nerveux, baroque et coloré, riche d’une belle ambiance onirique. Enfermé dans l’asile où il va mourir fou, le père du petit Lovecraft veut que ce dernier lise un ouvrage qu’il a compilé, chargé de redoutables connaissances occultes. Hanté par des rêves tentateurs, harcelé par des créatures effroyables, prisonnier de ce secret qu’il doit tenir à l’écart du monde, l’enfant grandira et vivra en marge de l’humanité.

En fait, le scénario est l’adaptation en bédé par Keith Giffen d’un script pour le cinéma de Rodionoff. Que dire, sinon que le scénariste enfile les clichés avec une belle santé, à défaut de beaucoup de cohérence? On nous montre ainsi le petit Lovecraft à cinq ans habillé avec une robe et portant de longs cheveux. «Je suis une petite fille», affirme le mouflet. Détail biographique exact, en effet, mais dont on ne voit pas trop la pertinence ici. Est-ce pour nous montrer que la mère de Lovecraft est déjà bien barrée, la pôvre? Que Lovecraft va être durablement traumatisé par cette enfance anormale? C’est oublier un peu vite qu’à l’époque les enfants portaient couramment ce genre de tenue et les cheveux longs, indépendamment de leur sexe, jusqu’à un certain âge — sans doute une volonté de leur conférer un certain air angélique. Mais on ne voit pas bien, même avec la meilleure volonté freudienne, en quoi le fait d’être traité en poupée par sa maman aurait pu susciter chez Howard des fantasmes de monstres verruqueux et tentaculaires dans sa vie ultérieure. Surtout qu’on va nous montrer qu’il voudrait bien vivre normalement, le malheureux, mais que c’est les monstres qui font rien qu’à l’embêter.

Bref, ce détail figure ici uniquement pour son côté pittoresque. Folklore gratuit.

La chronologie des faits est sérieusement chamboulée: nous voyons Edwin Baird, rédacteur en chef de Weird Tales, rejeter «L’appel de Cthulhu» que lui soumet Lovecraft, mais lui suggérer aussitôt une collaboration plus lucrative avec Houdini (apparemment, HPL écrit des histoires trop bizarres pour Weird Tales, ce qui est un concept assez cocasse). Rappelons que cette collaboration avec le roi de l’évasion eut bien lieu, donnant la nouvelle «Prisonnier des Pharaons», qui date de 1924 alors que HPL écrit «Cthulhu» à son retour à Providence, en 1926, après l’échec de son mariage avec Sonia Greene… que Lovecraft rencontre ici en sortant du spectacle d’Houdini (une rencontre où Lovecraft est l’initié qui connaît l’invisible, face à Houdini, sot défenseur d’un matérialisme buté). Précisons que c’est à Farnsworth Wright, le successeur de Baird, que Lovecraft a dans la réalité soumis «Cthulhu», qu’il refusera dans un premier temps. Bref, une inextricable salade. Lorsque le cinéaste John Carpenter pontifie dans sa préface que tous les incidents décrits dans l’histoire sont absolument authentiques et que seules les motivations ont été romancées, il minimise sacrément les sévices infligés à la vérité historique.

Tout cela s’excuserait si le résultat était original: mais le principe de base de l’histoire est d’une grande banalité et ne débouche  sur rien de très nouveau.  Lovecraft voudrait connaître une vie tranquille, mais de vilains monstres suintent sans arrêt de l’autre réalité, charriant tous les noms et les personnages pour lesquels il sera connu. En plus d’être harcelé par un zoo invisible, HPL n’avait donc pas une once d’imagination: il se bornait à retranscrire sa vie quotidienne pour purger sa tête de toutes ces saletés. En effet, c’est tout de suite plus intéressant… Ce point forme d’ailleurs l’aspect le plus irritant des théories de l’initiation de Lovecraft à des connaissances occultes: elles le ravalent au rang de simple retranscripteur, lui déniant à des degrés variables un talent de créateur original.

Et quand notre scénariste s’aventure hors de sa macédoine de biographie, il écrit des scènes mille fois vues dans les téléfilms américains, comme celle où le jeune Lovecraft est harcelé par une bande de vilains chenapans qui mettent sa sexualité en doute et périssent horriblement démembrés par les créatures méphitiques qui hantent Lovecraft. L’équivalent hollywoodien de la classique scène de revanche proustienne.

Même au niveau d’une hypothétique représentation métaphorique de la vie de Lovecraft, on barbote dans les clichés de l’individu hagard et halluciné qui ne réussit jamais à se purger de ses horreurs et de la crainte sourde d’une hérédité chargée d’une contamination obscure. Muré dans la misère et la solitude par son savoir terrible, il est condamné à tenter un vague exorcisme par la fiction, simple retranscription de l’indicible réalité qu’il est seul à connaître. Bref, la vie de Lovecraft est dépeinte à grands coups de clichés approximatifs. Les dessins, en revanche, sont vraiment superbes, exécutés avec verve et grotesque par la plume douée de Breccia.

Sans doute handicapé par un scénario oubliable, l’album est sorti en français dans un silence indifférent.

*

En 2009, The Strange Adventures of H.P. Lovecraft de Mac Carter (scénario) et Tony Salmons (dessins) attaque très fort: la première couverture de la parution en fascicules promet d’emblée une version extrêmement désinvolte des aventures de l’écrivain. Howard, en bras de chemise, une belle coupe de cheveux sportive ornée d’une seyante mèche blanche façon Diaghilev, pianote de tous ses doigts déliés sur le clavier d’une machine à écrire d’où sourdent des monstruosités tentaculaires. Quand on sait que plusieurs textes de Lovecraft, dont L’affaire Charles Dexter Ward, n’ont jamais été soumis à un éditeur, tant l’idée de les mettre au propre à la machine à écrire révulsait l’écrivain, l’image ne manque pas de sel.

Et ne parlons même pas du revolver posé sur la table, à côté des balles.

L’intérieur ne se gêne pas davantage. Lovecraft est un beau jeune homme solide, sportif et dynamique, qu’on imaginerait plutôt reporter dans un grand journal. Vivant chez ses deux adorables tantines, il est amoureux d’une charmante jeune femme, mais celle-ci est courtisée par un autre. Une nuit, Lovecraft s’effondre et, au matin, on retrouve son rival déchiqueté d’horrible façon. HPL comprend vite que, lorsqu’il s’endort, d’effroyables entités émergent de son subconscient pour semer la terreur à Providence; le sommeil de sa raison engendre des monstres, comme aurait diagnostiqué Goyá. Avant longtemps, HPL est recherché par la police et doit prouver son innocence, au long d’une enquête menée tambour battant.

C’est peu dire qu’on navigue dans une version farfelue de la vie de Lovecraft; à vrai dire, on est tout surpris au détour d’une page, de tomber parfois sur des éléments de biographie authentiques! Pour le reste, on suit une intrigue amusante, pas débordante d’originalité, mais rondement menée. Toute ressemblance avec HPL est secondaire, voire fortuite, et la vie de l’auteur sert de tremplin initial, vite abandonné. Il y a peut-être même du second degré, bien que distillé en quantités extrêmement parcimonieuses. Nous sommes ici dans une inspiration purement pulps, déjantée quoique classique, qui a pour but de raconter une histoire mouvementée peuplée de créatures monstrueuses et de personnages archétypaux: Lovecraft est le vaillant héros; Farnsworth Wright, un éditeur froid et retors, ce qui contraste un peu avec le vrai Farnsworth Wright, célèbre pour son perpétuel tremblement qui en faisait le rédacteur en chef idéal d’une revue d’horreur! Les flics, corrompus et bovins, font fausse route dès le départ et traquent l’innocent… L’aventure s’achève sur le débarquement au Caire, où Indiana Lovecraft va mener une enquête sur ce damné Necronomicon et ce mystérieux rascal d’Abdul Alhazred qui l’a écrit. Il n’avale pas une rasade de whisky en enfonçant son chapeau sur sa tête d’un coup de poing, mais l’intention est là.

L’histoire distrait, dans les limites choisies du récit d’action horrifique. Signalons que les dessins intérieurs sont nettement plus relâchés que les couvertures, et que l’on sent la précipitation monter au fur et à mesure des épisodes, ce qui gâche un peu le plaisir.

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Howard Lovecraft and the Frozen Kingdom, sorti en 2009 également, est sans doute le traitement de Lovecraft qui se tire le mieux de l’exercice, parce que c’est celui qui emploie le plus ouvertement l’humour: en mettant carrément en scène un Howard moutard de cinq ans plongé dans les vastitudes neigeuses de Leng et aidé par une entité tentaculaire dont l’aspect ne nous est pas totalement inconnu, Brown et Podesta court-circuitent le principe de la biographie, et font dérailler l’intrigue vers un genre de grande aventure de Calvin & Hobbes nappé de sauce HPL.

Et c’est plutôt réussi. Ce très jeune HPL — passablement canaille, de surcroît, comme les gamins de cinq ans peuvent l’être — vit ses aventures dans un contexte assez macabre et inquiétant qui colore la comédie farfelue d’une nuance originale. Les origines de Cthulhu ont même un léger ton de tragédie. Bref, c’est une distraction assumée comme telle et tout à fait agréable.

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Avant de faire vivre à HPL des aventures qui louchent plus vers Dashiell Hammett ou Raymond Chandler que vers sa vie propre, l’éditeur Dark Horse avait soumis un autre auteur de bizarreries au même traitement de choc. Cette fois, il s’agissait de Charles Hoy Fort, auteur de Lo!, du Livre des Damnés et autres compilations de faits-divers inexplicables glanés dans la presse de son temps. Changé en aventurier du bizarre de la Belle Époque, armé d’un fusil de chasse et assisté par un médecin extra-terrestre, il traquait dans les égouts des créatures dotées de tentacules griffus.

Assez pince-sans-rire (voir la première page ci-dessus), l’histoire, parue en 2002, est rigolote mais maigrelette. Physiquement, Charles Fort ressemble beaucoup à Theodore Roosevelt, ce qui devient un peu gênant quand l’intrigue veut que leurs chemins se croisent. Notre héros enfonce virilement les portes à coups de pied et, secondé par un médecin amiboïde et un gamin des rues nommé H.P. Lovecraft (à New York en 1899? Tiens, tiens…), flingue avec une belle santé les monstres venus d’ailleurs, dans une intrigue qui tient tantôt des Men in Black, tantôt de proto-X-Files — ce qui se tient, Fort étant un peu l’aïeul de Mulder. Les dessins de Frazer Irving, dans un noir et blanc riche en hachures pour un bel effet de gravure sur bois, sont très esthétiques, mais les jeux de clair-obscur ne masquent pas toujours des soucis de perspective et d’anatomie.

Le scénario de Lenkov, mouvementé, n’est pas d’une lisibilité irréprochable (il faudra pratiquement attendre la fin pour avoir confirmation que la jeune femme qui aide Fort n’est pas son épouse, mais une assistante travaillant dans la même bibliothèque que notre héros. Et l’intrigue s’achève grâce à un coup de chance assez scandaleux). Toutefois, Charles Fort, dont l’œuvre a eu son heure de gloire au cours des années soixante-dix, semble être retombé dans l’obscurité, et l’originalité de la démarche mérite qu’on la signale. Le second degré sarcastique du ton aide beaucoup à faire passer le grand n’importe quoi des péripéties. On aurait quand même pu éviter de montrer Fort, à l’aube du 1er janvier 1900, en train de saluer un «XXe siècle naissant», mais ce genre de bourde est hélas communément répandu.

Une suggestion, pour conclure: faire vivre à un auteur des aventures qui préfigurent ses œuvres est un cliché qui devient de plus en plus couru et de plus en plus délicat à exécuter proprement. Il est grand temps de trouver une meilleure «bonne idée».

Conseil de lecteur.