De boue, les damnés de la terre!

17 07 2014

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Dans les Highlands d’Écosse, des soldats font un exercice de repérage de matière radio-active à l’aide d’un compteur Geiger. C’est l’hiver, il fait froid, le champ boueux est rempli d’ornières où l’eau de pluie est couverte d’une couche de glace. Rien d’étonnant si les soldats font la tête quand, au moment de partir, un d’entre eux proteste parce qu’il n’a pas eu son tour. L’attente menace de se prolonger quand, loin de repérer la masse radioactive qui sert de balise, il repère un dégagement beaucoup plus important de radioactivité dans un autre secteur du champ. Pendant que ses supérieurs délibèrent sur ce curieux phénomène, le soldat note un détail passablement inquiétant. L’eau des flaques n’est plus du tout glacée. En fait, elle s’est mise à bouillonner. Qu’y a-t-il sous terre?

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Après le succès de The Quatermass Xperiment (Le Monstre) en 1955, la Hammer aurait bien aimé tourner un deuxième épisode dans la foulée. Mais Nigel Kneale, qui n’avait pas été enchanté du premier volet et surtout de l’attribution du rôle du professeur Quatermass à Brian Donlevy, déclara qu’il ne pouvait pas produire un volet si rapidement. La Hammer aurait volontiers confié la tâche à un autre scénariste, mais elle n’avait pas les droits du personnage de Quatermass. Et voilà donc le professeur Royston (joué par l’Américain Dean Jagger) lancé sur les traces de ce phénomène effroyable qui ravage la campagne écossaise en laissant hommes, femmes et enfants (ça ne rigole pas!) horriblement traumatisés — quand ils ne sont pas brûlés ou franchement fondus. Au scénario Jimmy Sangster fournit une histoire bien menée, sobre et efficace. Le film, tourné en noir et blanc avec des moyens visiblement modestes, profite de cette qualité quasi documentaire que fournit ce type d’image. Les dialogues, très naturels, parfois couverts par les bruits d’ambiance, participent à cette atmosphère de réalisme, tout en dessinant en quelques répliques des personnages assez vivants pour qu’on ne les voie pas mourir avec indifférence. Si on peut regretter le côté un peu providentiel de l’invention sur laquelle travaillait justement le professeur et qui va s’avérer cruciale pour venir à bout du terrible X, le film demeure très efficace et sympathique. L’image est souvent belle, les personnages sont réussis, on ne perd pas de temps en intrigues secondaires, et on file tambour battant jusqu’au dénouement… assez surprenant, parce que le savant demeure perplexe à la fin. L’amorce d’une suite? On n’en saura rien. Kneale reprit les aventures de Bernard Quatermass avec Quatermass II, et le professeur Royston ne connut jamais la gloire de son prédécesseur.

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Un film qui, en 1956, anticipe le Blob où débutera Steve McQueen, et qui supporte bien le choc du temps. Il a été réédité en bonus d’un coffret blouré australien, nommément consacré à The Quatermass Xperiment, mais doté de cet X The Unknown et de Quatermass II en bonus. L’image, sans être impeccable, est de très bonne qualité et soignée. Bizarrement, le mixage des sons est beaucoup plus contestable: la musique couvre parfois les dialogues, et si certaines scènes y gagnent encore dans une sorte de réalisme, on finit par se dire que cela n’était pas voulu ainsi quand de longs dialogues sont ainsi réduits à quelques mots qu’on capte dans le tumulte. Ce n’est pas tragique, mais c’est assez dommage. On se remettra de ce léger défaut en regardant un film très réussi.

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Le Barbier exhumé

30 07 2011

Parmi les plus horripilantes perversités des objets cachés, il y a celle de réapparaître à contre-temps: j’ai beaucoup cherché, pour un bouquin de la Bibliothèque rouge, le petit pamphlet inséré dans un numéro de Taboo, où Neil Gaiman présentait son projet de raconter avec Michael Zulli dans un graphic novel la véritable histoire de Sweeney Todd, le célèbre barbier diabolique de Fleet Street. J’ai retourné tout mon appartement sans le trouver.

Et bien entendu, c’est alors que je cherche un (très gros) bouquin sur Terry Gilliam que je tombe sur l’opuscule en question, tout goguenard dans son innocence. Histoire de ne pas éclater de frustration, je prends un quart d’heure de récréation pour mettre quelques petits extraits en ligne, le temps de calmer mon irritation croissante.

Dommage que le projet n’ait jamais abouti, mais peut-être Neil a-t-il jugé en chemin que le projet s’inscrivait trop près du From Hell de Moore et Campbell.

Ou pas.





Trafic d’identités

29 01 2011

Une des plus habiles trouvailles de Howard Phillips Lovecraft consiste en un système de références internes, mélangeant fiction et détails authentiques, dont la répétition d’un texte à l’autre brouille les repères et induit un effet de réel et une familiarité qui semblent valider par contamination le reste de l’histoire. La fameuse bibliothèque de grimoires maudits dote le récit d’une assise, sinon solide, du moins troublante.

En fait, le résultat est tellement concluant qu’il s’est propagé plus loin que Lovecraft ne l’avait prévu, pour contaminer, au travers des textes, l’auteur lui-même. Si l’on se met à croire, même un tout petit peu, au Necronomicon, la tentation est grande d’attribuer à Lovecraft une érudition occulte, puis un statut d’initié à des réalités effroyables. En fiction, ce concept se solde souvent par une fausse bonne idée typique: «Je vais raconter la vie qu’aurait connue Lovecraft, si le Necronomicon, Cthulhu et Nyarlathotep existaient pour de bon!» Depuis quelque temps, les fictions autour de Lovecraft se multiplient et trop de scénaristes se ruent sur cette trouvaille paresseuse comme la misère sur le pauvre monde. Et nous valent une palanquée de «biographies» répétitives, où Lovecraft, Necronomicon sous le bras et lueur hallucinée dans les prunelles, lutte pour empêcher Cthulhu de débarquer à Providence à l’heure du dîner.

Aux marges de ce sous-sous-genre, recommandons au passage un excellent roman de Richard Lupoff, Marblehead, qui tisse une magnifique fiction à partir d’éléments plus réalistes, voire historiques, et avec un résultat autrement plus original.

Alors que paraît ce qui s’annonce pour un moment comme la biographie définitive de HPL, I am Providence par S.T. Joshi (la version intégrale de la biographie déjà parue il y a quelque quinze ans sous le titre Lovecraft: a life, rétablissant quinze mille mots de manuscrit amputés à l’époque, le tout remis à jour, sous forme de deux volumes assez ventrus), plusieurs bandes dessinées traînent la vie de Lovecraft dans la fiction, avec des résultats inégalement satisfaisants.

En voici trois exemples assez marquants.

Le Lovecraft de Hans Rodionoff, Enrique Breccia et Keith Giffen, sorti chez Vertigo en 2003, jouit d’un dessin nerveux, baroque et coloré, riche d’une belle ambiance onirique. Enfermé dans l’asile où il va mourir fou, le père du petit Lovecraft veut que ce dernier lise un ouvrage qu’il a compilé, chargé de redoutables connaissances occultes. Hanté par des rêves tentateurs, harcelé par des créatures effroyables, prisonnier de ce secret qu’il doit tenir à l’écart du monde, l’enfant grandira et vivra en marge de l’humanité.

En fait, le scénario est l’adaptation en bédé par Keith Giffen d’un script pour le cinéma de Rodionoff. Que dire, sinon que le scénariste enfile les clichés avec une belle santé, à défaut de beaucoup de cohérence? On nous montre ainsi le petit Lovecraft à cinq ans habillé avec une robe et portant de longs cheveux. «Je suis une petite fille», affirme le mouflet. Détail biographique exact, en effet, mais dont on ne voit pas trop la pertinence ici. Est-ce pour nous montrer que la mère de Lovecraft est déjà bien barrée, la pôvre? Que Lovecraft va être durablement traumatisé par cette enfance anormale? C’est oublier un peu vite qu’à l’époque les enfants portaient couramment ce genre de tenue et les cheveux longs, indépendamment de leur sexe, jusqu’à un certain âge — sans doute une volonté de leur conférer un certain air angélique. Mais on ne voit pas bien, même avec la meilleure volonté freudienne, en quoi le fait d’être traité en poupée par sa maman aurait pu susciter chez Howard des fantasmes de monstres verruqueux et tentaculaires dans sa vie ultérieure. Surtout qu’on va nous montrer qu’il voudrait bien vivre normalement, le malheureux, mais que c’est les monstres qui font rien qu’à l’embêter.

Bref, ce détail figure ici uniquement pour son côté pittoresque. Folklore gratuit.

La chronologie des faits est sérieusement chamboulée: nous voyons Edwin Baird, rédacteur en chef de Weird Tales, rejeter «L’appel de Cthulhu» que lui soumet Lovecraft, mais lui suggérer aussitôt une collaboration plus lucrative avec Houdini (apparemment, HPL écrit des histoires trop bizarres pour Weird Tales, ce qui est un concept assez cocasse). Rappelons que cette collaboration avec le roi de l’évasion eut bien lieu, donnant la nouvelle «Prisonnier des Pharaons», qui date de 1924 alors que HPL écrit «Cthulhu» à son retour à Providence, en 1926, après l’échec de son mariage avec Sonia Greene… que Lovecraft rencontre ici en sortant du spectacle d’Houdini (une rencontre où Lovecraft est l’initié qui connaît l’invisible, face à Houdini, sot défenseur d’un matérialisme buté). Précisons que c’est à Farnsworth Wright, le successeur de Baird, que Lovecraft a dans la réalité soumis «Cthulhu», qu’il refusera dans un premier temps. Bref, une inextricable salade. Lorsque le cinéaste John Carpenter pontifie dans sa préface que tous les incidents décrits dans l’histoire sont absolument authentiques et que seules les motivations ont été romancées, il minimise sacrément les sévices infligés à la vérité historique.

Tout cela s’excuserait si le résultat était original: mais le principe de base de l’histoire est d’une grande banalité et ne débouche  sur rien de très nouveau.  Lovecraft voudrait connaître une vie tranquille, mais de vilains monstres suintent sans arrêt de l’autre réalité, charriant tous les noms et les personnages pour lesquels il sera connu. En plus d’être harcelé par un zoo invisible, HPL n’avait donc pas une once d’imagination: il se bornait à retranscrire sa vie quotidienne pour purger sa tête de toutes ces saletés. En effet, c’est tout de suite plus intéressant… Ce point forme d’ailleurs l’aspect le plus irritant des théories de l’initiation de Lovecraft à des connaissances occultes: elles le ravalent au rang de simple retranscripteur, lui déniant à des degrés variables un talent de créateur original.

Et quand notre scénariste s’aventure hors de sa macédoine de biographie, il écrit des scènes mille fois vues dans les téléfilms américains, comme celle où le jeune Lovecraft est harcelé par une bande de vilains chenapans qui mettent sa sexualité en doute et périssent horriblement démembrés par les créatures méphitiques qui hantent Lovecraft. L’équivalent hollywoodien de la classique scène de revanche proustienne.

Même au niveau d’une hypothétique représentation métaphorique de la vie de Lovecraft, on barbote dans les clichés de l’individu hagard et halluciné qui ne réussit jamais à se purger de ses horreurs et de la crainte sourde d’une hérédité chargée d’une contamination obscure. Muré dans la misère et la solitude par son savoir terrible, il est condamné à tenter un vague exorcisme par la fiction, simple retranscription de l’indicible réalité qu’il est seul à connaître. Bref, la vie de Lovecraft est dépeinte à grands coups de clichés approximatifs. Les dessins, en revanche, sont vraiment superbes, exécutés avec verve et grotesque par la plume douée de Breccia.

Sans doute handicapé par un scénario oubliable, l’album est sorti en français dans un silence indifférent.

*

En 2009, The Strange Adventures of H.P. Lovecraft de Mac Carter (scénario) et Tony Salmons (dessins) attaque très fort: la première couverture de la parution en fascicules promet d’emblée une version extrêmement désinvolte des aventures de l’écrivain. Howard, en bras de chemise, une belle coupe de cheveux sportive ornée d’une seyante mèche blanche façon Diaghilev, pianote de tous ses doigts déliés sur le clavier d’une machine à écrire d’où sourdent des monstruosités tentaculaires. Quand on sait que plusieurs textes de Lovecraft, dont L’affaire Charles Dexter Ward, n’ont jamais été soumis à un éditeur, tant l’idée de les mettre au propre à la machine à écrire révulsait l’écrivain, l’image ne manque pas de sel.

Et ne parlons même pas du revolver posé sur la table, à côté des balles.

L’intérieur ne se gêne pas davantage. Lovecraft est un beau jeune homme solide, sportif et dynamique, qu’on imaginerait plutôt reporter dans un grand journal. Vivant chez ses deux adorables tantines, il est amoureux d’une charmante jeune femme, mais celle-ci est courtisée par un autre. Une nuit, Lovecraft s’effondre et, au matin, on retrouve son rival déchiqueté d’horrible façon. HPL comprend vite que, lorsqu’il s’endort, d’effroyables entités émergent de son subconscient pour semer la terreur à Providence; le sommeil de sa raison engendre des monstres, comme aurait diagnostiqué Goyá. Avant longtemps, HPL est recherché par la police et doit prouver son innocence, au long d’une enquête menée tambour battant.

C’est peu dire qu’on navigue dans une version farfelue de la vie de Lovecraft; à vrai dire, on est tout surpris au détour d’une page, de tomber parfois sur des éléments de biographie authentiques! Pour le reste, on suit une intrigue amusante, pas débordante d’originalité, mais rondement menée. Toute ressemblance avec HPL est secondaire, voire fortuite, et la vie de l’auteur sert de tremplin initial, vite abandonné. Il y a peut-être même du second degré, bien que distillé en quantités extrêmement parcimonieuses. Nous sommes ici dans une inspiration purement pulps, déjantée quoique classique, qui a pour but de raconter une histoire mouvementée peuplée de créatures monstrueuses et de personnages archétypaux: Lovecraft est le vaillant héros; Farnsworth Wright, un éditeur froid et retors, ce qui contraste un peu avec le vrai Farnsworth Wright, célèbre pour son perpétuel tremblement qui en faisait le rédacteur en chef idéal d’une revue d’horreur! Les flics, corrompus et bovins, font fausse route dès le départ et traquent l’innocent… L’aventure s’achève sur le débarquement au Caire, où Indiana Lovecraft va mener une enquête sur ce damné Necronomicon et ce mystérieux rascal d’Abdul Alhazred qui l’a écrit. Il n’avale pas une rasade de whisky en enfonçant son chapeau sur sa tête d’un coup de poing, mais l’intention est là.

L’histoire distrait, dans les limites choisies du récit d’action horrifique. Signalons que les dessins intérieurs sont nettement plus relâchés que les couvertures, et que l’on sent la précipitation monter au fur et à mesure des épisodes, ce qui gâche un peu le plaisir.

*

Howard Lovecraft and the Frozen Kingdom, sorti en 2009 également, est sans doute le traitement de Lovecraft qui se tire le mieux de l’exercice, parce que c’est celui qui emploie le plus ouvertement l’humour: en mettant carrément en scène un Howard moutard de cinq ans plongé dans les vastitudes neigeuses de Leng et aidé par une entité tentaculaire dont l’aspect ne nous est pas totalement inconnu, Brown et Podesta court-circuitent le principe de la biographie, et font dérailler l’intrigue vers un genre de grande aventure de Calvin & Hobbes nappé de sauce HPL.

Et c’est plutôt réussi. Ce très jeune HPL — passablement canaille, de surcroît, comme les gamins de cinq ans peuvent l’être — vit ses aventures dans un contexte assez macabre et inquiétant qui colore la comédie farfelue d’une nuance originale. Les origines de Cthulhu ont même un léger ton de tragédie. Bref, c’est une distraction assumée comme telle et tout à fait agréable.

*

Avant de faire vivre à HPL des aventures qui louchent plus vers Dashiell Hammett ou Raymond Chandler que vers sa vie propre, l’éditeur Dark Horse avait soumis un autre auteur de bizarreries au même traitement de choc. Cette fois, il s’agissait de Charles Hoy Fort, auteur de Lo!, du Livre des Damnés et autres compilations de faits-divers inexplicables glanés dans la presse de son temps. Changé en aventurier du bizarre de la Belle Époque, armé d’un fusil de chasse et assisté par un médecin extra-terrestre, il traquait dans les égouts des créatures dotées de tentacules griffus.

Assez pince-sans-rire (voir la première page ci-dessus), l’histoire, parue en 2002, est rigolote mais maigrelette. Physiquement, Charles Fort ressemble beaucoup à Theodore Roosevelt, ce qui devient un peu gênant quand l’intrigue veut que leurs chemins se croisent. Notre héros enfonce virilement les portes à coups de pied et, secondé par un médecin amiboïde et un gamin des rues nommé H.P. Lovecraft (à New York en 1899? Tiens, tiens…), flingue avec une belle santé les monstres venus d’ailleurs, dans une intrigue qui tient tantôt des Men in Black, tantôt de proto-X-Files — ce qui se tient, Fort étant un peu l’aïeul de Mulder. Les dessins de Frazer Irving, dans un noir et blanc riche en hachures pour un bel effet de gravure sur bois, sont très esthétiques, mais les jeux de clair-obscur ne masquent pas toujours des soucis de perspective et d’anatomie.

Le scénario de Lenkov, mouvementé, n’est pas d’une lisibilité irréprochable (il faudra pratiquement attendre la fin pour avoir confirmation que la jeune femme qui aide Fort n’est pas son épouse, mais une assistante travaillant dans la même bibliothèque que notre héros. Et l’intrigue s’achève grâce à un coup de chance assez scandaleux). Toutefois, Charles Fort, dont l’œuvre a eu son heure de gloire au cours des années soixante-dix, semble être retombé dans l’obscurité, et l’originalité de la démarche mérite qu’on la signale. Le second degré sarcastique du ton aide beaucoup à faire passer le grand n’importe quoi des péripéties. On aurait quand même pu éviter de montrer Fort, à l’aube du 1er janvier 1900, en train de saluer un «XXe siècle naissant», mais ce genre de bourde est hélas communément répandu.

Une suggestion, pour conclure: faire vivre à un auteur des aventures qui préfigurent ses œuvres est un cliché qui devient de plus en plus couru et de plus en plus délicat à exécuter proprement. Il est grand temps de trouver une meilleure «bonne idée».

Conseil de lecteur.





Après un rebond contre l’Écosse…

20 09 2010

…me voilà de retour.

Le rebond, c’est parce que je voulais rentrer dans la journée de dimanche, qu’il m’était impossible de suivre les débats du matin à FantasyCon et d’attraper les rares vols de Londres vers Bordeaux et que j’ai dû me lancer dans un vol en deux étapes, Nottingham-Édimbourg, suivi d’Édimbourg-Bordeaux. J’espérais voir Édimbourg du ciel, mais le plafond était bas et je n’ai pas trop réussi à identifier ce que j’en ai vu. Et si vous pouvez éviter l’aéroport d’Édimbourg le dimanche après-midi, je crois que je peux vous recommander de le faire: embouteillages garantis à l’enregistrement, longs accordéons d’attente avant le passage à la sécurité (dans le chaos, j’ai oublié de retirer ma montre et j’ai eu droit à une palpation par le garde de service; encore un conseil, donc: si vous avez envie de vous faire tâter par une personne de votre sexe, gardez votre montre en passant le portillon — c’est d’un érotisme très relatif, quand même).

Bref… Me voilà de retour chez moi, avec mon crétin de voisin qui écoute son unique CD assez fort pour que j’entende les pulsations du rythme jusque dans la mezzanine, évoquant les chaudes heures du Macumba d’Argelès-sur-Mer lors de la soirée mousse. C’est pas forcément ce qui m’a le plus manqué pendant le weekend.

Et à propos de manqué, j’ai à regret loupé la conférence de Bryan Talbot sur l’anthropomorphisme en bédé. J’ai vu le premier quart d’heure avant de partir choper le bus pour l’aéroport. Je ne sais pas qui a eu l’idée d’inscrire au dernier moment une conférence et la tombola au programme du dimanche après-midi, quand il était trop tard pour changer les réservations de transport, mais je suis assez grognon sur ce point.

J’ai assisté le matin à un débat sur le sujet: Quelle importance a l’originalité dans la littérature de genre? Les débats du dimanche matin sont toujours intéressants, et pas seulement pour le lent réveil des participants après les libations du samedi soir. Ensuite, discussion sur R.E. Howard et son héritage (Are you looking at me or chewing the Black Stone? Les titres des débats mériteraient tout un article), le dernier événement auquel j’ai donc vraiment assisté avant de boucler mes valises. Une maîtrise de fer et une prévoyance de même métal m’ont permis de tout caser sans mal, et même d’emporter les deux bouquins du goodie bag qui ne m’intéressaient pas, pour faire un heureux, si l’occasion se présente.

En définitive, c’était une petite FantasyCon: un seul programme de débats (en général, il y en a deux, pour assurer l’embarras du choix) en était l’indice le plus flagrant. C’est sans doute la lassitude de Nottingham qui se fait sentir: l’hôtel ne nous reçoit pas vraiment avec enthousiasme, le service n’est pas forcément assuré dans les meilleures conditions; bref, la (longue) parenthèse Nottingham se clôt, qui devrait, comme il me semble l’avoir déjà dit, mener à une période Brighton: le Royal Albion a ses défauts, mais il a un certain caractère, ainsi que des manifestations paranormales, suivant certains témoignages: parfait pour une convention sur l’horreur, quoi. Et pour la World Fantasy Convention de 2013, si le comité la décroche, ce sera le Metropole, où s’était déroulée en 1987, la WorldCon de SF, quelques mois,  avant que l’IRA ne loupe Thatcher dans le même établissement. Que de bons souvenirs!





Samedi plein

19 09 2010

Comme à chaque fois, le samedi est le gros jour de la FantasyCon. Ce jour, et sautant deux ou trois débats pour aller fureter dans Nottingham (j’ai trouvé la librairie de la ville, c’est un Waterstones, et il est pas formidable), j’ai trouvé le moyen de suivre l’interview de Lisa Tuttle, invitée d’honneur, celle de Bryan Talbot, également invité d’honneur, la party de lancement de sept nouveaux titres chez PS Publications, le débat sur le changement de genre chez les auteurs et le Brighton Bash, la party annonçant que l’an prochain, pour les trente ans de FantasyCon, les festivités se dérouleraient à Brighton (retour au Royal Albion qui a vu en mars dernier la grande réussite de la World Horror Convention), ainsi que, peut-être, la World Fantasy Convention en 2013. Et probablement aussi en 2012, histoire de faire le pont. Adieu, donc, aux charmes discutables de Nottingham (personnellement, l’accessibilité supérieure de Brighton me semble encore un point en sa faveur) et transport sur la côte pour le futur proche. C’est plutôt une bonne nouvelle.

Le temps d’un passage au May Sum, le restaurant buffet chinois signalé hier, et c’est le retour, lestés, à temps pour la cérémonie des British Fantasy Awards. Notés à la volée dans l’ordre où ils étaient annoncés, les voilà:

Karl Edward Wagner Award: Robert Holdstock

Best TV programme: Doctor Who

Best film: Let the Right one In/Morse

Best comic book or graphic novel: Whatever Happened to the Caped Crusader par Neil Gaiman & Andy Kubert

Best Magazine: Murky Depths

Best non-fiction: Ansible de David Langford

PS Publishing award for Best small press: Telos, de David Howe.

Best artist: Vincent Chong

Best Anthology: The Mammoth book of Best New Horror 20, dirigé par Stephen Jones.

Best Collection: Love Songs for the Shy and Cynical, de Robert Shearman

Best Novella: « The Language of Dying » de Sarah Pinborough

Best Short Story: « What Happens when you wake up in the night » de Michael Marshall Smith

Best Novel: One, de Conrad Williams

Edit: en bonus track, une vidéo de la remise, en tout début de cérémonie, du Sydney J. Bounds Award pour le meilleur nouveau venu, ou, dans le cas présent, de la meilleure nouvelle venue, qui échoit à Kari Sperring pour « Living with Ghosts ». Qui plus est, à 1:04 ou 1:30, vous pouvez avoir le bonheur ineffable de me contempler de dos, sur la droite, au milieu de l’écran, ce qui n’est pas un détail à négliger.

Comme de coutume, une cérémonie très animée, souvent très drôle (Robert Shearman lisant, en l’imitant, le message de remerciements de Russell Davies pour le prix décerné à la série Doctor Who), mais avec aussi quelques moments d’émotion, notamment de Ramsey Campbell, qui a prononcé quelques mots pour le prix posthume décerné à Robert Holdstock, un homme connu et apprécié de beaucoup dans la salle; de la part de David Howe, qui fêtait sur ce prix le dixième anniversaire de sa petite maison d’édition Telos; de Sarah Pinborough, dont la nouvelle récompensée a été inspirée par la mort d’une amie; et de Conrad Williams qui, pour la première fois, accède à la récompense pour le meilleur roman de l’année. Et également de Stephen Jones, dont le prix célèbre également le vingtième anniversaire d’une entreprise soutenue de promotion des meilleurs textes de l’année en horreur. Steve a d’ailleurs rendu hommage à Ramsey Campbell, qui l’a aidé à ses débuts, et à Karl Edward Wagner, qui avait donné sa bénédiction au projet.

Bon, ben voilà, c’est quasiment fini: demain matin, je plie bagages, j’assiste à un ou deux panels, mais hélas pas à celui de Bryan Talbot sur la bédé animalière, annoncé trop tard pour que je puisse changer les horaires de mon départ. Même chose pour la tombola de l’après-midi, une initiative de dernière minute. Mais au moins n’aurai-je pas l’occasion de crouler sous le poids des lots gagnés. On se console comme on peut.





Mise en jambes

17 09 2010

Nottingham est assez mal desservie: certes, deux magasins complémentaires pour les comics, un Forbidden Planet pour les comics des gros éditeurs et l’excellent Page 45, sur Queen Street, pour les bédés plus indépendantes et plus exigeantes (tiens, le nouveau recueil de Moomin est paru chez Drawn & Quaterly), mais du côté des magasins de DVD, ça sent gravement la dématérialisation des supports (rien de ce que je cherchais n’était là, je vais être obligé de me tourner vers l’Amazone à mon retour), et je n’ai pas trouvé de librairie décente. Des WH Smith, un ou deux, soit des sortes de Relais hachette locaux, un coin un peu misérable dans un FOPP, mais de Waterstones ou équivalents, que nib. Ou alors bien cachés.

C’est autant d’économisé, je suppose, encore que j’espérais un peu tomber par miracle sur le Modesty Blaise qui manque à ma collection. J’ai aussi découvert avec une certaine stupeur que le Pape profitait de sa visite au Royaume-Uni pour mettre en garde — selon la une du Guardian — contre l’intégrisme athée. Je ne sais pas de quoi périra Ben Sixteen, mais je soupçonne que ce ne sera probablement pas d’un manque d’air.

FantasyCon a commencé: ouverture de l’enregistrement à 16h, avec un goodie bag contenant trois livres, dont deux de pas inintéressants et aucun deuxième volume d’une trilogie, ce qui est un bon résultat. Malheureusement, sur les deux intéressants, j’en possède déjà un; personne n’est parfait.

Premier débat à 18h: la première phrase qui accroche, est-ce une nécessité? Après un copieux smorgasbrod chinois — oui, j’ai bien conscience du clash culturel: un buffet à volonté dans un restaurant chinois, si vous préférez — le Quizz de David Howe. la table où j’étais s’est fort honorablement classée (deuxième sur quatre), mais on aurait mieux fait si, comme une andouille, je n’avais pas négligé deux réponses que je connaissais mais dont je n’étais pas certain: on ne pouvait pas perdre de points sur une réponse fausse, et ces réponses finalement exactes nous auraient fait passer de deuxièmes avec 42 points à premiers avec 44. Comment ça, je m’excite sur des détails sans importance?

Ce soir, interview d’un des invités d’honneur, Gary Kilworth, et débat sur l’emploi de l’horreur pour traiter de problèmes du monde réel.

C’est un premier jour, ça commence calmement. Bon, là, je vous quitte, je me rends au débat sur la réalité traitée par l’horreur, d’un pas allègre mais digne. Bonne nuit!





On se donne en spectacle…

17 05 2010

Avec le printemps, je me retrouve à baguenauder çà et là.

Vendredi 21 mai, oui, celui qui arrive, je vais par exemple apparaître dans le Cinéconcert de la Rock School Barbey, à Bordeaux, pour une soirée où seront projetés deux films, le Dr Jekyll et Mr Hyde de John Robertson avec John Barrymore (1920), et l’adaptation de 1926, tournée en 2005 par la HPLHS, de « L’Appel de Cthulhu ». Devinez duquel des deux je vais surtout causer. Les deux films bénéficieront d’un accompagnement live.

Et le 12 juin, je vais faire partie des invités des Futuriales d’Aulnay-sous-Bois, ce qui me donnera l’occasion de traverser Paris, chose qui ne m’est plus arrivée depuis… houlàlà, je ne sais même plus.

Si vous passez dans le coin, venez dire bonjour!