Simple et sans vabure…

9 10 2013

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Charlie est écrivain multi-diplômé, et rien ne marche. Son nouveau roman laisse les éditeurs de marbre. Pour arrondir les fins de mois du ménage (madame est flic dans la petite bourgade) Charlie accepte un poste dans un centre d’appel. Il y rencontre Gus, avec qui il sympathise presque tout de suite. Et Gus a un plan.

Simple. Net. Sans bavure. Cent mille dollars, sans violence ni victime (à part quelqu’un qui le mérite bien et peut encaisser la perte). Charlie accepte.

Ai-je besoin de vous dire que ça part en vrille très très vite. Et très très mal?

Drôle de film, un polar plutôt noir, assez rigolo, qui fait rire dans certains moments particulièrement noirs. Le scénario est astucieux; on pourra chipoter qu’à partir d’un certain point, l’accumulation des gonades dans le consommé commence à être assez un peu too much, mais les éléments sont amenés de façon parfaitement préparée et loyale, et l’intrigue se tient pas mal du tout. David Schwimmer joue son rôle habituel de paumé sympathique (enfin, si vous aimez DS, of course), Simon Pegg joue avec son image dans le rôle d’un petit malin un peu trop malin et pas si sympathique, Alice Eve est une Miss Teen Oregon assez imprévisible, et on reconnaît Natascha McElhone en flicquesse, Jon Polito en Columbo de patelin et Mimi Rogers tant bien que mal.

Jean-Baptiste Andrea force un peu le trait sur certains plans d’un grotesque délibéré, une esthétique de bande dessinée, qui tranchent sur l’ambiance de polar noir. Néanmoins, dans l’ensemble, il conduit bien son film, ménage souvent de très beaux plans et gère bien ce flou sur les genres qui donne au film sa saveur spéciale.

Bref, un petit film pas désagréable et alertement mené.

« Salue le grand barbu dans le ciel de ma part.
— Heu… vous parlez pas du père Noël, je suppose, là? »

The Big Nothing (Jean-Baptiste Andrea — 2010) avec David Schwimmer, Simon Pegg, Alice Eve, Natascha McElhone, Mimi Rogers et Jon Polito

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Interlude Angoulême

5 02 2013

Interlude Angoulême

Je suis très calme sur ce blog: normal, j’ai pas mal de boulot, ces temps-ci. Je me suis quand même offert un petit passage à Angoulême, où Kirby et Andreas ont été pour moi deux des fils conducteurs.





Le cœur d’août est vide

10 08 2011

C’est la grande épouvante du mois d’août. Bordeaux est abandonnée. J’habite dans une grosse coquille en pierre: autour de moi, tous les appartements sont déserts, ou presque. L’immeuble voisin, récemment refait, l’est encore. Ça ne durera pas… La circulation est en période de basses eaux. Moi-même, je suis en vacances.

Enfin, sur le papier. Parce qu’en pratique, je ne dirais pas non à un petit clonage vite fait. Le gros œuvre du Monty Python! est pratiquement achevé. Restera ensuite à retailler le texte pour qu’il entre dans l’espace imparti, et à re-peigner les phrases les plus hirsutes. Low Town, pour Bragelonne est en phase de révision, et je suis bien embêté pour suggérer des scènes à illustrer pour la couverture, tant le climat de ce bouquin qui fait le grand écart entre la période victorienne et l’après-Première Guerre mondiale est difficile à préciser. J’ai un petit album de bédé dans un coin, bref, mais avec quelques jeux de mots particulièrement pervers à restituer (quelle marque donner en français à la Tequila Mockingbird?).

Et puis, il y a le mammouth, dont j’ai reçu hier un exemplaire physique: A Dance with Dragons. Il y avait une intro, absente du PDF reçu il y a un mois et demi. Pas bien grande. Mais là aussi, on n’est pas rendu.

J’ai connu un temps où le mois d’août était une période de flemme languissante. Seule consolation personnelle: le temps se maintient au médiocre, ce qui me permet de travailler par une température supportable, voire agréable. C’est déjà ça.





Da Impots Code

6 06 2011

Parfois, c’est difficile de ne pas sombrer dans la parano.

Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire ici, il flotte chez moi un vague parfum de léger désordre qui handicape quelque peu mes activités, à l’occasion. Exemple: ce matin, je me dis qu’il y en a marre de traîner et que je vais remplir ma déclaration de revenus par Internet, histoire de ne pas repousser ça à la dernière minute comme mon naturel enclin à la procrastination m’y accule souvent. Louable intention, non?

Je réunis tous mes papelards. Évidemment, il y en a un qui manque. Je l’avais pourtant soigneusement mis de côté à réception. Mais rien n’y fait, il n’est plus nulle part dans les endroits de stockage habituels. Remarquez, on parle bien de dérive des continents, comment voulez-vous qu’un vulgaire papier ne soit pas soumis lui aussi à des micro-déplacements telluriques?

En tout cas, c’est ma théorie et je m’y tiens.

Passons. J’ai indianajonessé pas mal de temps ce weekend dans mes piles de papiers, bouquins, comics et autres entités papetières, en quête de l’avis d’impôt sur le revenu 2010, afin de dégoter mon graal du moment, le revenu fiscal de référence. Tellement que ce matin, après quelques gestes convenus pour reprendre la Quête, je décrète, dans la chaleur de ma décision de clôturer ce problème une fois pour toutes, que, scrogneugneu (le mot que j’emploie est un peu plus robuste, mais je tenais à rester tous publics), ça commence à bien faire, je vais téléphoner directement aux impôts pour l’avoir.

Longue succession de coups de fil pendant lesquels je noue une relation intime avec le répondeur, jusqu’à ce que, chaque fois, ce mufle m’informe, avec l’inconstance de sa race, que je devrais circuler car tout le monde est occupé. Des allumeurs, ces répondeurs: Réponse dans quatre minutes, dans deux minutes, dans… Toutes les lignes sont occupées, nous vous invitons à rappeler.

Saleté.

Une dernière tentative aboutit soudain (c’est d’ailleurs le concept même de dernière tentative). D’une main, je discute avec la charmante personne au bout du fil en lui détaillant ma situation tragique, de l’autre je fouille distraitement une pile de papelards affalée dans un coin.

Vous avez deviné: à la seconde précise où je demande à la personne si je peux obtenir mon Revenu fiscal de référence par téléphone, ma main repêche l’avis d’imposition que j’ai cherché en vain tout ce weekend, avec le renseignement cherché qui se pavane dessus avec morgue et arrogance. Bref, quand la charmante personne (j’insiste, les gens aux Impôts sont la plupart du temps très polis et détendus au bout du fil, avec à peine un mauvais coucheur de temps en temps) me déclare qu’il faut que je me déplace, je conclus en la remerciant le plus poliment et le plus rapidement possible puisque ma demande n’a désormais plus de raison d’être.

À la seconde précise.

Synchronicité, mon cul. Je ne sais pas comment ils ont fait ça, mais c’est une conspiration.

Oui, je sais, j’avais dit tous publics. Mais là, je suis quand même agacé, pour le coup.





Gagner le Nord en croyant le perdre

21 04 2011

La faculté coûte cher, aux États-Unis. Joel Fleischmann a trouvé une bonne astuce pour se faire payer ses études de médecine: il a accepté une bourse de l’État d’Alaska et devra en contrepartie exercer la médecine cinq ans au service de l’état une fois son diplôme obtenu, afin de la rembourser. Même pour un New-yorkais endurci comme lui, l’épreuve s’annonce très supportable: Anchorage est une capitale, après tout, et de fréquents vols pour la Grosse Pomme lui permettront de ne pas perdre le contact avec la vraie civilisation.

Mais quand il débarque, Joel apprend qu’Anchorage est pourvue de tous les médecins juifs qu’elle peut souhaiter et que le gouvernement fédéral l’envoie en un lieu qui a davantage besoin de ses services: la petite ville de Cicely, en pleine forêt, à des centaines de kilomètres de tout.

La déconvenue de Joel ne va pas s’alléger avec la découverte des habitants de Cicely: dans cette nouvelle frontière de l’Amérique, où le climat est rude et où l’on vit au sein de la Nature, les habitants ne sont pas venus par hasard. Tous ont le caractère bien trempé, une forme d’esprit pionnier, un parcours atypique et un petit grain. En bref, leur mentalité ne cadre pas trop avec celle du citadin branché et frénétique, bobo avant l’heure, qu’est Joel.

Et il va devoir tenir quatre ans.

En fait, Joel (Rob Morrow) en tiendra en gros six, la série Northern Exposure/Bienvenue en Alaska s’étant révélée plus populaire que n’osaient l’imaginer au départ ses créateurs Joshua Brand et John Falsey (St Elsewhere, I Fly Away). Dans un épisode assez cruel, Joel apprendra qu’à cause de l’inflation, il doit une année supplémentaire au gouvernement fédéral.

Les habitants sont pourtant bien attachants: de Chris-in-the-Morning (John Corbett), ancien petit délinquant, converti brutalement à l’art et à la philosophie par la découverte en prison des poésies de Walt Whitman, à Maurice (Barry Corbin), le John Wayne local, un ancien astronaute très réactionnaire et chantre du capitalisme qui a l’intention de développer Cicely pour en faire un grand pôle économique (sa rencontre avec un couple gay qui partage nombre de ses goûts, notamment en matière de comédies musicales, le laissera fort troublé); en passant par Maggie (Janine Turner, actrice assez rare: on la reverra dans Cliffhanger, avec Stallone), qui a rompu avec sa famille riche pour devenir pilote d’avion-taxi, et dont les petits amis ont une fâcheuse tendance à périr dans des accidents invraisemblables (l’un d’eux sera écrasé par la rentrée d’un satellite dans l’atmosphère); Ed (Darren Burrows), jeune homme d’aspect simplet, mais passionné de cinéma, en correspondance suivie avec les plus grands metteurs en scène du monde, fans de son travail; Holling (John Cullum), le barman, qui vit une grande histoire d’amour avec la belle Shelly (Cynthia Geary), ancienne Miss, qui a une bonne trentaine d’années de moins que lui; Adam (Adam Arkin), le plus grand cordon-bleu du monde, misanthrope qui vit dans la forêt où il se déplace pieds nus (il sera par la suite rejoint par une compagne, Eve (Valerie Mahaffey), profondément hypochondriaque); Ruth-Anne (Peg Phillips), la sage propriétaire de l’alimentation générale/bibliothèque du lieu. Sans oublier Marylin (Elaine Miles), la taciturne, pragmatique et impassible secrétaire indigène de Joel.

Si l’on ajoute un acteur capital, la forêt qui cerne le petit village, on obtient une série clairement située dans la continuité d’inspiration de Twin Peaks de Lynch et Frost (1), jusqu’aux phénomènes fantastiques qui affectent parfois une population en prise directe avec les mystères de la Nature. Dans l’attente de la débâcle de printemps, les gens deviennent un peu fous; lors de certaines aurores boréales, les rêves des habitants de Cicely s’échangent; le Sasquatch — sorte de yéti des forêts du Nord — rôde-t-il dans les parages de Cicely? Un chien errant serait-il la réincarnation d’une personne récemment disparue?

Comptons aussi des scènes parfois baroques — comme cet épisode où la Légende du Corbeau qui vola le soleil est narrée au travers d’une danse au cours d’une fête indienne; le moment magique où un piano carbonisé est catapulté sur l’air du Beau Danube Bleu (après une citation de Kierkegaard, ce qui n’est pas courant dans les séries télé); le Running of the Bulls où la population mâle de Cicely traverse toute nue la ville dans la neige, à l’annonce du printemps — et des épisodes épatants (dont le plus beau reste peut-être celui qui raconte la fondation de Cicely, l’origine de ce nom, l’histoire d’amour entre Cicely et Roslyn — clin d’œil au nom de Roslyn, la ville réelle, située à l’est de Seattle, dont la rue principale servait de décor naturel à la série — le tout sous l’égide de Franz Kafka, qui a, semble-t-il, été se promener en Alaska, à l’instar de Napoléon et de divers touristes célèbres et peu connus)… tenons donc compte de tout ça et on aboutit à un véritable petit chef-d’œuvre d’humour et de bizarrerie.

L’illustration sonore était particulièrement soignée, et c’est un des grands malheurs de l’édition DVD que, l’éditeur n’ayant pu acquérir les droits de toutes les chansons de la série d’origine, les coffrets aient dû subir des modifications de piste (comme, pour les mêmes raisons, la série Quantum Leap/Code Quantum), gâchant parfois le travail initial des créateurs. Certaines séquences, par la synergie de la mise en scène et de la musique, atteignaient une puissance étonnante, notamment dans les scènes oniriques. On rêve beaucoup à Cicely, et on a des rêves tout à fait singuliers et frappants. Un songe de Chris-in-the-morning où il se retrouve sur la banquette d’un poids-lourd piloté par Carl Gustav Jung, accompagné par l’air guilleret de Mr Sandman, chanté par les Chordettes, est particulièrement mémorable — et désopilant. Deux CD de morceaux choisis ont d’ailleurs été publiés.

Commencée en bouche-trou en 1990 (quinze épisodes tournés au terme des deux premières saisons), la série rencontra un joli petit succès, consacré par plusieurs récompenses prestigieuses. Il semble que les problèmes soient venus des efforts de Rob Morrow pour négocier un meilleur contrat. Les producteurs, en réponse, réduisirent la présence de Joel dans les épisodes, le mettant d’abord en concurrence avec un nouveau venu hyper allergique aux polluants, Mike (Anthony Edwards, plus connu pour son rôle du Dr Greene dans Urgences), pour le remplacer finalement par un couple assez terne, les Capra, avec lesquels la série s’acheva, sur l’épisode n° 110, Tranquility Base, et une mémorable séquence qu’accompagne la chanson Our Town. «Vous savez bien que les bonnes choses ne durent jamais,/Alors dites adieu à notre ville, notre ville…» tandis qu’à l’écran, chacun se prépare à aller au lit et que, ombre dans le noir, Morty l’élan traverse une dernière fois d’un pas nonchalant la rue principale et unique de Cicely.

À l’étranger, la série était particulièrement prisée en Finlande, où l’état d’esprit un peu décalé des habitants de Cicely entrait en résonance avec le cœur des Finlandais. Elle a aussi fait les beaux soirs de la chaîne satellite allemande Vox, où je la regardais en allemand, faute d’avoir accès à l’époque à toute la série — seuls quelques épisodes choisis étaient sortis en VHS au Royaume-Uni. En France, diffusée sur Série Club de façon sporadique et très tardive (tant par ses horaires nocturnes que par la lenteur pour la présenter, quelque dix ans après ses débuts aux USA), la série est somme toute passée inaperçue.

Civilisée, hédoniste, poétique, inventive et drôle, c’est pourtant une des grandes petites séries de la télévision US.

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(1): qui engendra d’ailleurs un véritable sous-genre de la petite ville d’apparence ordinaire qui cache bien des secrets, dont la première dérivée fut sans doute Pickets Fences de David E. Kelley — devenue Drôle de Shérif et High Secret City/La Ville du grand secret dans une diffusion française spectaculairement cochonnée par TF1. De son côté, on peut considérer que Northern Exposure donna naissance à Due South/Un Tandem de choc, qui inversait exactement le postulat de base, en envoyant un Canadien remarquablement bien ajusté et proche de la Nature dans le maelstrom d’une grande ville américaine au sud, où il devait affronter le cynisme, la criminalité et la mauvaise éducation des autochtones.





Ma brillante carrière…

1 01 2011

Au milieu des années 1970, après avoir découvert l’existence du fanzine anglais d’Alan Austin, Fantasy Unlimited, rebaptisé peu après Comics Unlimited, et trouvé avec son éditeur une communauté d’intérêt pour les histoires de Carl Barks, j’ai proposé à la revue une série d’animaux comiques, intitulée Baragrin, qu’Alan a commencé à publier assez régulièrement. Ces gags d’une page étaient ma première vraie bande dessinée, il me semble (il y avait eu Les Blooms, première tentative très fruste, jamais publiée nulle part, bien que des scénarios épiques aient déjà été envisagés) et, entre mes tentatives pour dégrossir mon style et les mises en page dans l’esprit de l’époque, ça donnait des résultats assez baroques: un gag était casé sur un cadran de chronomètre, par exemple. Dans ta face, Winsor McCay!

Dévoré par la soif de publier qui démange tout éditeur de fanzine, Alan finit par sortir des fascicules format A5 des deux séries vedettes de CU: George, The Toad and the Rock, série minimaliste mais assez tordante de Paul Jay, et un Baragrin qui se payait le luxe d’une couverture en photocopie couleur. Les héros du strip vivaient deux courtes histoires gag et une aventure plus longue, où Alfie le fantôme s’aventurait dans un terrier débouchant sur un autre univers de bestioles comiques (j’avais de grands plans mégalomanes d’un Marcelverse, avec des histoires qui communiquaient, à défaut de totalement s’imbriquer — mauvaise influence des comics US).

Comme il est de règle avec les fanzines, la fréquence de parution de Comics Unlimited se mit à diminuer, avant de cesser totalement. Je tiens à préciser que je n’y étais pour rien. Que je sache. Mais je me suis vu proposer de reprendre la série, francisée en Baragrine, dans le fanzine de SF français A&A infos publié par Francis Valéry. Là, il s’agissait carrément, à l’heure de gloire de cette revue désormais mythique, de publier en impression véritable et non plus en photocopie, et la série, formatée en strips, occupait au départ les quatre pages centrales. Le prestige…

Dans la foulée, parut là aussi un album, dessiné en deux ou trois mois assez frénétiques et encré par Jean-Daniel Brèque, initialement conçu pour le format A5 mais sorti en format A4, histoire de préserver le détail des cases. Le Cinquième coin du monde ne fut pas un énorme succès de librairie, disons-le pour œuvrer dans la litote, mais j’y pris pas mal de plaisir. Au fil du temps, A&A passa entre les mains d’André-François Ruaud, puis, avec le ralentissement de parution d’A&A, Baragrine bascula dans son fanzine Yellow Submarine, pour des strips et des couvertures, voire les deux à la fois.

Il faut avouer ici que la publication du n°1 de Baragrin chez Alan Austin m’avait un peu stimulé l’imagination, et j’étais parti sur une planification intense des numéros suivants: le n°2 était déjà dessiné, les couvertures des numéros 2 et 3 aussi, et l’intrigue des futurs épisodes était bien mise en place. Le n°2, intitulé Octopus’s Garden sur une suggestion de JDB, était un imbroglio autour d’un habitant incongru du fond de la rivière locale. De là, on devait passer à Close Encounters of the Bird Kind, qui entraînait la petite bande dans l’espace, puis à War Stars, où ils affrontaient un terrible empire galactique d’oiseaux (carrément: le dictateur avait pour conseiller un robot mage, le Compuzard, lequel affichait sur son crâne un motif en forme de flèche qui anticipait celui du héros de la récente série manga Avatar). Ensuite, le retour sur Terre les expédiait en Amérique du Sud pour une course au trésor au sommet d’un tepuy (Fata Morgana) puis dans une vallée perdue de l’Himalaya, afin de répondre à un appel à l’aide (Le Cinquième coin du monde). Pour l’avenir, étaient envisagées des idées plus floues: L’Ouverture de Tannhäuser, un scénario dont le principe ne différait pas trop de celui du récent Alerte aux Zorkons de Vehlmann et Yoann; et Arthurienne, une rencontre un peu décalée et héroïque avec le roi Arthur, comme son nom l’indique.

Le succès mitigé et la perte d’intérêt d’Alan Austin pour l’édition avaient mis un point d’arrêt à ces plans grandioses et légèrement prématurés.

J’ai eu d’autres projets au hasard des supports qui se présentaient: certains débutés, comme Mulberry Bloom dans le Bulletin des SFAANS, un autre fanzine de SF (une histoire parue en une petite vingtaine de pages qui préparait le terrain à un cross-over Baragrine-Mulberry Bloom — pages jamais restituées par le chien d’éditeur), ou, plus tard, une série de space opera animalier, située à l’Ère de la première Anarchie universelle, et dont les premières planches furent publiées dans A&A. Sans aller bien loin, surtout en comparaison avec le vaste arc narratif que j’avais en tête: un prologue, et une exploration du passé récent de cet univers (avec des plans d’origine de tout mon univers d’anthropomorphes, séries magiques comprises)…

Et il y a eu la saga de Gareth, de la sword & sorcery animalière, dont les seules planches jamais éditées furent une couverture pour le catalogue de la libraire Ailleurs, une autre pour le fanzine d’Éric Dérian, YapaPQN (le numéro suivant devait contenir les deux premières planches de ce qui a peu à peu muté en Athanase 412), et une histoire dans un numéro de Sapristi! qui contenait également un dossier sur Boucq (il me semble que c’était le n°12). Sapristi!, dans son n°18 (couverture Mézières), avait également publié une courte histoire de Baragrine, « La Convention », où le désastreux romancier Sean O’Shaughnessy découvrait les joies d’une séance de dédicace — histoire reprise par la suite dans un Yellow Submarine).

Ça ne rajeunit personne, tout ça.

Je n’ai pas abandonné totalement le projet de Gareth (qui succédait au beaucoup plus lointain Cerngoth, une première ébauche dessinée dans un style nettement plus réaliste, nettement pas bien maîtrisé, et nettement marqué par l’esthétique des années 70; une première histoire avait été publiée dans Comics Unlimited). Là aussi, de grands plans, une trilogie d’albums assez épais, chacun en bicolore avec une couleur spécifique à chaque volet, une intrigue à l’architecture générale plus ou moins définie et à la dernière scène déjà conçue.

Et il y a deux ans, dans un moment d’enthousiasme, j’ai décidé de créer un blog pour y publier une série de strips dont j’avais tout le projet en tête, Athanase 412. Vous y êtes, et vous n’avez rien vu passer. C’est normal, je n’ai rien posté là-dessus, à part des teasers jamais pleinement concrétisés.

Le retard systématique d’Athanase 412 vient de mon syndrome de Buridan aigu: j’avais décidé du premier strip, qui lançait l’affaire, je savais qu’on ne rencontrerait le deuxième protagoniste qu’au bout de dix à quinze strips, je connaissais l’intrigue sous-jacente, du moins jusqu’à un certain point. Et puis, j’ai pensé à un strip antépremier qui pourrait donner le ton de l’univers en question. Et puis, j’ai eu une autre idée de premier strip, et puis, je me suis demandé s’il ne valait pas mieux démarrer plus vite, et puis…

Et puis, tout d’un coup, débouchant de nulle part, j’ai ressenti l’envie de dessiner Arthurienne que je triture dans ma tête depuis une bonne vingtaine d’années, et je m’y suis mis. Je ne sais pas trop à quel rythme ça va sortir: le scénario devrait compter une bonne trentaine de planches, et certaines risquent d’être plus longues à dessiner. Seulement, voilà, j’avais l’envie, je me suis dit qu’il fallait battre le crayon tant qu’il était chaud. Je ne sais pas où ça laisse Athanase 412, mais bah, c’est la cruelle incertitude du sport.

Voilà. Si vous ne connaissez pas les personnages, le grand, c’est Jeff et le petit, c’est Alfie (oui, Alfie est un fantôme avec un boulet au bout de sa chaîne). Et c’est à peu près tout ce que vous avez besoin de savoir. Pour le style, je compte qu’il s’assouplisse au fur et à mesure.

Pour le reste, je vais publier ça .

Souhaitez-moi bon courage… et bonne année à tous, mes lapins!





Le chorégraphe des esquives s’en est allé

17 12 2010

 

 

Il est tard, je travaille tôt demain, donc je n’ai pas le temps de beaucoup causer. D’ailleurs, je suppose que vous trouverez pas mal de détails de toutes sortes en allant surfer sur le Net. Mais je ne pouvais pas laisser passer sans rien dire la mort d’un de mes réalisateurs comiques préférés, Blake Edwards, l’homme qui, dans ses meilleurs films, mariait avec un doigté très sûr la vulgarité et l’élégance, les courses-poursuites embarrassées de gens qui cherchaient à s’esquiver dans des espaces réduits et souvent clos, celui dont un des thèmes favoris était la confusion des rôles, qu’il a illustrée, entre autres, dans le dernier film de lui que j’ai vu, Qu’as-tu fait à la guerre, papa?, invraisemblable comédie de quiproquos où les uniformes passent de personnage en personnage, afin de sauver les apparences d’une guerre dont tous les personnages sont fatigués, et dans ce qui reste pour moi son chef-d’œuvre, le brillant Victor/Victoria, avec son principe génial, celui d’une chanteuse dans la misère qui pour réussir se déguise en homme qui se travestit en femme. Concept vertigineux, décliné sur plusieurs niveaux dans le film, avec des scènes d’anthologie et des répliques inoubliables («Et vous, dans votre chambre, il marche, le chauffage?» «Close the door.»  — oui, il faut les entendre en situation). Et je ne parle pas de tous les autres, les Panthères Roses, les Diamants sur Canapé, La Grande course autour du Monde («Farewell you good Leslie you, I hope you win, I hope you win!!»), La Party

Son décès ne me surprend pas outre mesure, mais il m’attriste énormément.

Edit: curieusement, c’est une Panthère Rose qu’Iturria a mise en scène, pour ce jour…