De boue, les damnés de la terre!

17 07 2014

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Dans les Highlands d’Écosse, des soldats font un exercice de repérage de matière radio-active à l’aide d’un compteur Geiger. C’est l’hiver, il fait froid, le champ boueux est rempli d’ornières où l’eau de pluie est couverte d’une couche de glace. Rien d’étonnant si les soldats font la tête quand, au moment de partir, un d’entre eux proteste parce qu’il n’a pas eu son tour. L’attente menace de se prolonger quand, loin de repérer la masse radioactive qui sert de balise, il repère un dégagement beaucoup plus important de radioactivité dans un autre secteur du champ. Pendant que ses supérieurs délibèrent sur ce curieux phénomène, le soldat note un détail passablement inquiétant. L’eau des flaques n’est plus du tout glacée. En fait, elle s’est mise à bouillonner. Qu’y a-t-il sous terre?

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Après le succès de The Quatermass Xperiment (Le Monstre) en 1955, la Hammer aurait bien aimé tourner un deuxième épisode dans la foulée. Mais Nigel Kneale, qui n’avait pas été enchanté du premier volet et surtout de l’attribution du rôle du professeur Quatermass à Brian Donlevy, déclara qu’il ne pouvait pas produire un volet si rapidement. La Hammer aurait volontiers confié la tâche à un autre scénariste, mais elle n’avait pas les droits du personnage de Quatermass. Et voilà donc le professeur Royston (joué par l’Américain Dean Jagger) lancé sur les traces de ce phénomène effroyable qui ravage la campagne écossaise en laissant hommes, femmes et enfants (ça ne rigole pas!) horriblement traumatisés — quand ils ne sont pas brûlés ou franchement fondus. Au scénario Jimmy Sangster fournit une histoire bien menée, sobre et efficace. Le film, tourné en noir et blanc avec des moyens visiblement modestes, profite de cette qualité quasi documentaire que fournit ce type d’image. Les dialogues, très naturels, parfois couverts par les bruits d’ambiance, participent à cette atmosphère de réalisme, tout en dessinant en quelques répliques des personnages assez vivants pour qu’on ne les voie pas mourir avec indifférence. Si on peut regretter le côté un peu providentiel de l’invention sur laquelle travaillait justement le professeur et qui va s’avérer cruciale pour venir à bout du terrible X, le film demeure très efficace et sympathique. L’image est souvent belle, les personnages sont réussis, on ne perd pas de temps en intrigues secondaires, et on file tambour battant jusqu’au dénouement… assez surprenant, parce que le savant demeure perplexe à la fin. L’amorce d’une suite? On n’en saura rien. Kneale reprit les aventures de Bernard Quatermass avec Quatermass II, et le professeur Royston ne connut jamais la gloire de son prédécesseur.

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Un film qui, en 1956, anticipe le Blob où débutera Steve McQueen, et qui supporte bien le choc du temps. Il a été réédité en bonus d’un coffret blouré australien, nommément consacré à The Quatermass Xperiment, mais doté de cet X The Unknown et de Quatermass II en bonus. L’image, sans être impeccable, est de très bonne qualité et soignée. Bizarrement, le mixage des sons est beaucoup plus contestable: la musique couvre parfois les dialogues, et si certaines scènes y gagnent encore dans une sorte de réalisme, on finit par se dire que cela n’était pas voulu ainsi quand de longs dialogues sont ainsi réduits à quelques mots qu’on capte dans le tumulte. Ce n’est pas tragique, mais c’est assez dommage. On se remettra de ce léger défaut en regardant un film très réussi.





Telle est la Loi

12 08 2012

« What is the Law?
— Not to walk on all fours. That is the Law. Are we not men? »

Ne pas marcher à quatre pattes. Tel est le premier commandement de la Loi, sur l’île des mers du Sud où est arrivé, par une succession de malchances, le jeune et viril Parker. Le maître de cet ancien volcan dont la cheminée est désormais envahie par une jungle luxuriante de plantes étranges, peuplée par des créatures qui, en dépit de leurs plaintes – Are we not Men? Ne sommes-nous pas des hommes? – n’en sont visiblement pas, le maître, donc, est le Dr Moreau, vêtu de blanc immaculé, un génie de la génétique qui poursuit dans ce recoin perdu du globe les expériences qui lui permettront de revenir à Londres et de recevoir l’admiration qu’il mérite.

Island of Lost Souls est une adaptation du roman L’île du Dr Moreau, de H.G. Wells. Dans la vague de films d’horreur qui a suivi le succès des Dracula et Frankenstein du début des années trente, Island of Lost Souls (1932) est un film finalement plus rare qui vient de ressortir au Royaume-Uni dans une version restaurée en BluRay, chez Eureka! au sein de la collection Masters of Cinema. Une revanche, car ce film d’Erle C. Kenton, sur un scénario de Waldemar Young et Philip Wylie, avait été interdit à l’époque sur le territoire, ainsi que dans plusieurs pays d’Europe et diverses régions des États-Unis. Il faut reconnaître que, comme le souligne Kim Newman dans le fascicule qui accompagne le BR, la production semble avoir mis un point d’honneur à présenter tous les sujets qui fâchent. Du sexe, du sadisme, de la bestialité, des soupçons de cannibalisme, et bien d’autres moindres joyeusetés.

À la re-vision, le film est un mélange très efficace d’éléments disparates: tourné dans des décors naturels et artificiels très réussis (les scènes de brouillard en mer du début sont belles), le film mêle à la fois cinéma et théâtre, stylisation et réalisme; son esthétique est déjà implantée dans le parlant tout en conservant des concepts de plans très visuels, les clairs-obscurs expressifs hérités des films muets. Le drame du Parlant, c’est qu’il retire trop souvent la primauté à l’image pour se concentrer sur les dialogues. Ici, on n’a pas encore ce problème – malgré des dialogues souvent ciselés, on a encore des passages où seule l’image conte l’histoire.

Les maquillages des Hommes-bêtes sont à la fois rudimentaires et très réussis: il y a des deux, que l’effet de masse aide à répartir, et qui retranscrit finalement fort bien l’étape intermédiaire que représentent les sujets du Dr Moreau. Un gros plan sur Ouran est saisissant par l’aspect hybride réussi: singe? homme? blanc? noir? Il y a de tout. C’est bien un être composite. Par rapport au roman, dont la cruauté est parfois indicible, le film reste davantage dans la suggestion – ce qui reste n’en demeurant pas moins efficace. Si H.G. Wells se réjouit publiquement de l’interdiction du film qu’il n’aimait pas, c’est sans doute qu’il trouvait vulgaire l’introduction du sexe dans son histoire, en la personne de Lota, la femme panthère. Il avait tort et raison. Raison parce que cet ajout par le co-scénariste Philip Wylie (Gladiator, The Savage Gentleman, Le Choc des Mondes et autres romans célèbres et séminaux) est de toute évidence là pour titiller le public, friand de ce genre de romances de la jungle (un autre genre qui connaît un grand succès à l’époque et vaudra bientôt les tournages de Tarzan et de King Kong). Tort parce que, malgré sa perruque pas très réussie (comment peut-on avoir créé les magnifiques maquillages des hommes bêtes et affublé Kathleen Burke de cette perruque de poupée sur-maquillée?), la femme panthère exsude une tension sexuelle palpable, probablement liée à l’attrait d’une sexualité liée au danger, exprimée dans ses attitudes félines, et cette étreinte griffue qui révèle la faille. Attrait qui est notablement absent de la concupiscence manifestée par Ouran envers la blonde Ruth, qui sombre dans le cliché très premier degré du viol de la femme blonde par le vilain sauvage – alors que les sous-entendus sexuels entre Kong et Fay Wray, interdits de concrétisation par la disparité de tailles, restent dans le domaine du non-dit et seront un des puissants ressorts de King Kong. S’il y a un fléchissement dans le déroulement par ailleurs sobre et efficace du film, c’est peut-être à l’arrivée de Ruth sur l’île, qui fonctionne sur le plan scénaristique, mais dilue la tension malsaine entretenue jusque-là.

Vu de nos jours, Island of Lost Souls est sans doute d’abord une parabole sur le colonialisme. Moreau vient instaurer ses règles, civiliser des « sauvages« , mais la greffe ne prend pas et les sujets retournent à leur état naturel. Une parabole dont l’énoncé est bien déplaisant si on oublie un détail capital: si la Loi cesse de s’appliquer, si l’expérience de Moreau échoue, c’est qu’il règne par la terreur et la violence, et qu’il viole lui-même la Loi qui était sa protection suprême. La « civilisation » s’effondre parce qu’elle est intérieurement viciée, une parodie de code, une coquille vide établie pour assurer la sécurité et le bon plaisir du tyran qui l’a promulguée.

Moreau, c’est Charles Laughton, et il est prodigieux. Moreau est un génie, nous n’en doutons pas; d’ailleurs, lui non plus. Mais il ne s’en vante pas outre mesure. Il en est conscient et s’il évoque ses expériences devant Parker, peu lui chaut au fond que Parker s’en offusque. Un type d’une intelligence aussi moyenne ne pouvait pas comprendre: il n’est utile que comme possible étalon. Poupin, lisse au milieu des hommes bêtes chevelus et hirsutes, Moreau est un bébé lisse et gras, odieux de somptueuse, de succulente façon. Madré, jouisseur, il a toujours une ou deux étapes d’avance sur ses interlocuteurs, ce qui l’amuse infiniment. Sadique et voyeur, ce n’est pourtant pas la perversité sexuelle qui le pousse. Ni la Science. Non, sa véritable motivation est autre: « Vous rendez-vous compte de ce que cela fait de se sentir Dieu? » demande-t-il, dans une des répliques qui attira particulièrement l’ire de la censure.

Car plus que la parabole anticolonialiste – pourtant présente et indéniable – je vois dans le film une dénonciation de la religion. Moreau est Dieu. Dans le jardin d’Eden, fertile et caché du monde, qui a été sa première création, il a fabriqué l’homme – plus ou moins. Il est en train de créer la femme. Il a édicté ses commandements qu’un délégué institutionnalisé répète lors de la prière commune pour bien en imprégner son peuple élu. Il est déçu par ses créations, trop en-deçà de la perfection qu’il visait en les créant et en leur donnant un code de conduite. Dans une magnifique réplique, il parle de « the stubborn beast flesh creeping back« : la chair de l’animal, entêtée, qui revient insidieusement. Afin de soutenir la puissance de la Loi, il a la punition: le fouet pour les châtiments bénins et, pour les manquements plus graves, la menace de son antre, la Maison de la Douleur, enfer ou purgatoire atroce, où est née la vie et où la torture cherche à extirper du coupable le mal, afin de tendre de plus en plus vers ce but illusoire de l’homme parfait. Mais la Loi ne fonctionne que si elle conclut un pacte réciproque et si elle est un bloc. Quand elle est temporairement levée pour le bon plaisir de Moreau, elle perd son caractère absolu. Et l’absolu aboli, les sujets mis face à la réalité du monde, confrontés au doute, voient s’ouvrir la faille qui brise tout. La religion ne tient plus et Dieu sera anéanti par la révolte de ses victimes. C’était au fond toute l’horreur du roman d’origine, cruel et noir, ce démiurge monstrueux et dépassionné qui déploie en miniature une histoire de la religion, de la Création à la Chute. La religion au service de la science, la science noyautée par la religion.

Alors que Moreau connaît la torture à son tour, que l’Eden est la proie des flammes, le film s’achève sur un ordre sec et très biblique: « Ne regardez pas derrière vous. » Une conclusion si brutale et terrible que Paramount, décontenancée, ne trouva rien de mieux à placer sur le générique de fin qu’un air de danse particulièrement incongru.

Island of Lost Souls est un film superbe.





Tebeos: ¡Las divertidas aventuras de un hombre del siglo XXI!

30 06 2010

En un temps si lointain que les gens d’aujourd’hui en parlent dans un chuchotement respectueux, comme il convient aux temps de la fable, l’été, c’était l’occasion dans les kiosques et chez les marchands de journaux français de faire venir un surplus de publications étrangères, afin de donner de la lecture aux ressortissants d’autres pays en villégiature chez nous. Et, pour les petiots, on rajoutait une louche de bandes dessinées, et l’on pouvait ainsi découvrir ici un Topolino, là un Fix und Foxi. Il fut même une époque, si oubliée que les plus jeunes s’émerveillent que l’univers ait pu contenir tant de temps en son sein, où on trouvait aux éventaires des comics de chez Marvel.

Cette époque semble bien révolue. Certes, on fait toujours venir de la presse quotidienne (la presse française, outre le fait qu’elle est écrite en français, s’intéressant fort peu à ce qui se passe par-delà les frontières, pour se concentrer sur les choses qui comptent, comme les dernières pantalonnades de notre équipe de foot, les étrangers, s’ils désirent connaître les fadaises de chez eux, ne peuvent compter que sur leurs propres journalistes) et la presse pipole (parce que nous n’avons pas les mêmes qu’eux et que les non entités qui tiennent le public de Voici captivé laissent de marbre les gens d’outre-frontière qui s’intéressent à des produits tout aussi cantonnés à leur terroir).

Mais les bambins ont d’autres soucis que les bédés, et ne justifient plus l’import de productions étrangères.

Bref, pour lire de la bédé d’ailleurs, il faut donc profiter des voyages, qui sont conçus de toute façon pour former la jeunesse — tout se tient.

D’un très court séjour à Barcelone, j’ai donc ramené une poignée d’albums de dates diverses, de styles variés et de qualité infiniment subjective, car choisis au feeling.

Tout d’abord, un bouquin qui n’est pas tout neuf, Manuel no está solo, une intégrale — semble-t-il — des rares bédés de Rodrigo, qui a signé dans les années 80 un long album (Manuel) qui déployait une histoire d’amour impossible (?) sur le décor splendide de la Madrid gay, et une poignée d’historiettes (dont une de deux cases sur deux pages), où des personnages se promènent dans des décors minutieux, laissant au mouvement le soin de fournir la narration.

Album plus récent par sa publication, à défaut de par son contenu, Las Aventuras de Gustavo réunit les exploits du personnage récurrent de Max, le dessinateur catalan, connu pour son magnifique graphisme épuré.

Né avec les années 70, Gustavo évolue avec la maîtrise de Max, démarrant dans des histoires très marquées par l’underground des années 1970 et 1980, tant par le dessin que par les sujets, même si les centrales atomiques et la répression policière croisent invasions extra-terrestres et savants fous. Le tout constitue un épais volume cartonné paru chez la Cúpula au mois de mars dernier.

Pas très récent non plus, apparemment, Total Hero, un recueil de gags signé par Pèrez Navarro et Sempere,  autour d’un gamin totalement immergé dans ses comics, ses jeux vidéo et autres obsessions de geek. Le dessin est séduisant, un genre de croisement entre Janry et Vatine. Les gags sont d’un humour très classique, mais somme toute plaisant. L’album, cependant, semble remonter aux débuts de la décennie, ce qui, comme il était annoncé comme le premier de la série (Un hèroe en casa), laisse penser qu’elle n’a guère rencontré le succès, puisque je n’ai trouvé que ce volume, soldé à la librairie Universal de Barcelone.

Plus chanceux, mais il faut l’avouer, plus rigolo aussi, Carlitos Fax ¡Las divertidas aventuras de un robot del siglo XXXI, d’Albert Monteys nous dépeint, comme le titre l’indique, les démêlés d’un robot qui tient au trente-et-unième siècle le rôle de fax au journal la Voz de Andrómeda, mais rêve d’être un vrai journaliste, à la place de ce bellâtre de Flash Norton (une sorte de Tintin qui serait incarné par William Shatner), l’enquêteur star du journal, connu et adoré de toute la galaxie. Aidé de son robot caméra, Anibal, Carlitos traque toutes les occasions de piquer la vedette à Flash (n’hésitant pas à bloquer sa porte avec un balai coincé sous la poignée ou à lui offrir des places à un concours de beautés nues) et de rapporter le scoop qui fera la une, qu’il s’agisse de l’invasion annuelle de ces couillons de Marsiens, de l’envahissante mode du clonage récréatif, du dernier concert de Charlie Sampler ou de la découverte de l’ultime planète inconnue de la galaxie. Une qu’il décroche souvent, pas toujours pour les meilleures raisons, et chaque courte aventure (trois pages) se conclut sur une vision de la manchette du journal et une case de chute cocasse.

Souvent désopilante par ses dialogues et ses situations, cette nouvelle série d’un des créateurs du dingue Mondo Lirondo — revue animalière totalement déjantée — est une grande réussite. Il semble qu’elle paraisse assez régulièrement dans les pages de la revue de bédé Mister K.

Signalons pour être complet un album cartonné qui fait très Delcourt, pour un œil français, une histoire de steampunk orienté vers la fantasy, Las incredibles aventuras del Duque Dementira. Le Duc Dementira en question est un hardi robot auquel le Grand Mécanologue impérial dérobe par ruse sa source d’énergie perpétuelle, dans ce monde où l’énergie s’obtient par distillation de magie, ce qui la rend rare et précieuse. Pour la récupérer, le duc s’associe avec une ancienne victime du Mécanologue, le voleur Micifú. Rien de très révolutionnaire, mais un récit agréable et pas mal mené.

Enfin, je me suis acheté les deux premiers volumes de Visiones, par Hernán Rodriguez, un jeune auteur ibérique qui adapte les œuvres de H.P. Lovecraft. Si le dessin porte encore ses influences de façon assez visible (en particulier Druillet, sous une forme quelque peu diluée), l’adaptation suit des voies intéressantes: Rodriguez ose raconter « Je suis d’ailleurs » en mettant en scène le narrateur de bout en bout, et pas de façon subjective, un choix pas si évident; il fait du locataire de la chambre voisine de celle d’Erich Zann une femme. Rien de sensationnel, mais des idées originales et pertinentes qui montrent un esprit habile et imaginatif.

J’ai chopé quelques revues plus anecdotiques, un recueil de gags de bureau signé Miguel Angel Martín, qu’on a pourtant connu pour des séries carrément plus sulfureuses; ou deux numéros d’une traduction espagnole de Martin Mystère, qui semble n’avoir pas tenu tellement plus longtemps ici que chez nous.

Pour être complet, citons le numéro 6 d’une petite revue de bédé baptisée Cthulhu et consacrée à des histoires courtes sur des thèmes lovecraftiens. Ce numéro-ci était consacré au versant lovecraftien de l’œuvre de Robert Howard — probablement pour coller à la sortie au cinéma de Solomon Kane.

Et pour finir, une jolie plaquette (signée) de Daniel Torres, BCN-NYC, où se répondent des aquarelles des paysages urbains de Barcelone et de New York. Des évocations, des échos, des reflets dialoguent entre les œuvres. Très beau.

Bref, malgré un court séjour, assez de papier imprimé pour charger mes valises de retour et me donner de quoi perfectionner par la pratique mon espagnol rudimentaire. Je vous le disais: l’éducation se fait par le voyage.





Signe, détends!

10 06 2010

Pour mémoire, c’est ce samedi 12 juin que je serai aux Futuriales d’Aulnay-sous-Bois, parmi bien d’autres invités, pour dédicacer mes œuvres multiples, mirifiques et splendorifériques.

Qu’on se le dise donc!

Non, parce que, bon…





À l’heure dite

1 11 2009

schooner

C’est désormais officiel (la mention figure sur une affiche que je viens de voir dans une de leurs vitrines), je vais dédicacer Les Nombreuses Vies de Cthulhu chez Mollat, samedi 7 novembre 2009 à 16h00.

Joie, joie, larmes de joie.

Bande de petits veinards.





Name of a dog!

31 10 2009

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Un citoyen de la paisible et très britannique bourgade de Nutwood a été retrouvé baignant dans son sang. La pièce était fermée de l’intérieur, aucun signe de lutte. c’est clairement un suicide. Une belle théorie que l’inspecteur LeBrock de Scotland Yard démonte en dix secondes. Pour lui, Leigh-Otter a été abattu par des agents des mythiques Services secrets impériaux français. Leigh-Otter avait rendez-vous le matin même avec le premier ministre britannique, il était la veille encore à Paris, la Ville-Lumière, Grandville comme on l’appelle, la capitale du tout-puissant empire français. Qu’a-t-il découvert là-bas? LeBrock et son adjoint Ratzi prennent le train pour Grandville afin d’en avoir le cœur net.

albumL’album précédent de Bryan Talbot était le formidable Alice in Sunderland, un somptueux délire de styles et de sujets tournant autour des relations, diverses et plus étroites qu’il ne semblerait, qu’entretenaient Lewis Carroll et la ville de Sunderland, au nord-est de l’Angleterre. Grandville est une nouvelle collision de genres et de citations, pour un résultat épatant et ébouriffant. Polar situé dans un monde steampunk d’animaux humanoïdes, sur une intrigue policière dont les ressorts ne sont pas si éloignés de notre monde, avec des clins d’œil visuels saupoudrés en bonus (une affiche vantant le spectacle d’Omaha la danseuse, une partie de cartes avec des chiens…), Grandville est une histoire d’action qui se fonde sur les anticipations de Robida et les dessins de Grandville, où l’on retrouve le goût de Talbot pour les architectures grandioses, réelles et imaginaires. Aux allusions visuelles répondent des trouvailles dans les noms et des jeux de mots assez discrets dans les dialogues (très british, mais censés être français, comme on le découvre vite).

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Si l’action et l’aventure spectaculaire prédominent, il ne manque pas non plus de clins d’œil plus doux-amers et poétiques, comme cette race animale originaire de la petite ville d’Angoulême ou l’interrogatoire d’une épave dans une fumerie d’opium. L’intrigue tient en haleine à la première lecture, mais un deuxième passage ne sera pas de trop pour se délecter des détails semés avec un art consommé par Bryan Talbot, qui continue à être hanté par le concept de la révolution.

Est-ce bien là une attitude très britannique, je vous le demande?

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• Dans un registre également très britannique et rétro, je recommande chaudement la très brève série télé The Mrs Bradley Mysteries, où Diana Rigg en divorcée non conformiste et freudienne circulant en Rolls pilotée par un chauffeur impeccable, résout des crimes dans l’Angleterre des années 1930. Outre le charme de l’actrice principale, toujours pétillante, et le caractère assez excentrique des affaires, on croise nombre de têtes connues, comme Peter Davison (le cinquième Docteur) et David Tennant (le dixième Docteur), ou un tout jeune Russell Tovey (Being Human), entre autres. Dommage vraiment que cette savoureuse co-production entre la BBC et une chaîne étasunienne se soit arrêtée au cinquième épisode.





Il était temps…

9 09 2009

Encore quelques jours et les Beatles rataient l’époque du CD. J’aime bien les Beatles et naïvement, je me suis toujours dit qu’une intégrale finirait bien par sortir un jour, donc que j’allais attendre qu’elle paraisse pour les ajouter à ma discothèque. Je n’aurais pas pensé que ça prendrait aussi longtemps. Le prix est un peu fort — je veux bien croire que la remastérisation est un art délicat et minutieux, qui a exigé des sommes fabuleuses, mais je m’étonne toujours de voir certains articles sortir des deux côtés de l’Atlantique avec le même chiffre sur l’étiquette, alors que le dollar et l’euro sont loin d’être à parité, ces temps-ci.

C’est la traversée de l’océan qui coûte extrêmement cher, je présume.

Ou de la Manche.

Ou les réductions de prix qui sont arrêtées à la frontière française, comme un vulgaire nuage de Tchernobyl.

Ces temps-ci, quand je ne maugrée pas sur le prix des choses que j’achète sans qu’on m’y force, je termine la révision de la version préférée par l’auteur du Neverwhere de Neil Gaiman  — qui a pris nettement plus de temps que prévu. D’abord pour des problèmes de reins (ça va mieux, merci, après quelques séances où un dévoué kinésithérapeute m’a replié selon des angles lovecraftiens et a vérifié que mes os craquaient harmonieusement quand on les écrasait avec fermeté — j’exagère un brin, mais le résultat est probant), ensuite pour des problèmes de Cthulhu, et enfin pour des problèmes de révision — le texte n’est pas fondamentalement différent, mais entre les quelques paragraphes ajoutés par Gaiman, les quelques autres retirés, les modifications de détail qu’il a apportées ici ou là, et la refonte de moult détails et tournures de mon côté, l’ensemble a exigé pas mal de temps de lecture et de relecture, et me paraît désormais sortir d’un bain de Jouvence. Ça reste vraiment un de mes romans préférés de Gaiman. Un mélange savoureux de cocasse et de noirceur, des personnages qui semblent tirés à la fois de recueils poussiéreux de légendes et de dessins animés de Tex Avery, et un emploi inoubliable de la géographie et du légendaire londoniens.

Et de ma main qui reste libre, je me suis mis à l’harmonisation (et traduction de la conclusion) de la trilogie du Soldat des Brumes de Gene Wolfe. Le lecteur y gagne au change, littéralement: dès les premières pages, la valeur de la drachme tombe de cent oboles à seulement six!

Et puis au moins, je ne peux plus me plaindre de ne jamais changer d’ambiance!