Choc! Horreur! Brighton!

23 11 2009

J’aurais dû en parler depuis longtemps, mais je me suis laissé engloutir par diverses tâches. Mais mieux vaut tard que jamais: en mars 2010, la convention mondiale d’Horreur, pour son vingtième anniversaire et pour la première fois de son histoire, se tiendra en Europe. plus précisément en la riante bourgade de Brighton, station balnéaire du Sud de l’Angleterre, riche en restaurants, boutiques d’antiquaires,  boîtes de nuit et autres attractions variées. La Convention mondiale a débuté il y a vingt ans, au crépuscule de ce qui a sans doute été la grande période de l’horreur en tant que genre, les années 1970 et 1980. Depuis, si l’étiquette elle-même a été un peu atomisée, elle reste bien vivace, et nombre de livres vendus sous l’étiquette suspense, policier ou fantasy urbaine ne dépareraient pas sous les couvertures rouge et noir qui étaient devenues sa marque de fabrique.

Brighton Shock! s’annonce comme une convention exceptionnelle. Les invités britanniques sont prestigieux (Tanith Lee et David Case comme auteurs, Les Edwards et Dave Carson comme peintres/dessinateurs — notons que Dave Carson s’est fait extrêmement rare ces dernières années, c’est l’occasion de le voir remettre le nez dehors en public! James Herbert, écrivain discret, et Ingrid Pitt, comtesse Dracula, ne sont pas non plus des personnalités qu’on croise à tous les coins de rue), mais comptez également parmi les inscrits des noms prestigieux, et rares en Europe, comme F. Paul Wilson ou Chelsea Quinn Yarbro, Ed Bryant ou Ellen Datlow, pour ne piquer que ces noms au hasard. Les éditeurs américains vont également se déplacer en masse (si vous êtes éditeur français, voilà peut-être venu le moment de vous déplacer pour conclure des affaires de vive voix) et le programme est garanti pléthorique, sur quatre ou cinq jours. Et pour les moments de respiration, Brighton a suffisamment d’attraits pour autoriser quelques moments de dépaysement.

Bref, si vous avez de l’affection pour le genre, c’est probablement une occasion à ne pas manquer. Ça se tiendra du 25 au 28 mars 2010, vous pouvez trouver une description plus détaillée sur le site GB de la manifestation (il faut parler anglais, bien sûr, mais en tant qu’agent français informel, je suis à votre disposition pour tous renseignements supplémentaires à brighton2010 (at) orange (point) fr).

Ne traînez pas trop, la place est limitée…

NB: Pour Odyssey, la convention de SF qui se tient à Londres le week-end suivant, je ne suis pas forcément le mieux placé, mais soyons fous, je peux également relayer les demandes de renseignements.





Noces de velours

17 11 2009

J’aime les villes, j’ai un cœur d’artichaut et je suis tombé amoureux de beaucoup de villes que j’ai visitées: Londres me fascine, Édimbourg me charme, j’ai une grande tendresse pour Bristol, une relation ambiguë avec San Francisco, beaucoup de plaisir à aller à Amsterdam, de la sympathie pour Barcelone.

Mais Prague m’obsède, et je ne sais pas pourquoi.

Les histoires du règne de Rodolphe m’ont toujours plu, mais sans excès, un sujet que j’avais l’intention d’explorer plus avant un jour. J’ai commencé à vraiment prendre conscience de Prague avec un épisode de la sympathique série télévisée britannique Lovejoy, avec Ian McShane: “Le Soleil de Prague” racontait comment des aviateurs tchèques, passés en Angleterre durant la Guerre, avaient participé à la Bataille d’Angleterre et caché dans une église anglaise une des plus précieuses reliques de Prague. Lovejoy partait à Prague, et l’on apercevait quelques lieux de la ville — assez peu, en fait — encore gris et étriqués, tels qu’ils sortaient tout juste de l’ère soviétique (c’était deux ou trois ans après la chute du Mur).

Ensuite, il y a eu les livres, qui ont toujours avec moi, sur moi, une influence déterminante: Les Extraordinaires aventures de Kavalier et Clay, le roman épique de Michael Chabon sur les débuts du comic book aux États-Unis, lie le mythe du super-héros à deux antécédents juifs, Houdini et le Golem, et raconte comment les sages de Prague font sortir de la ville le Golem pour éviter qu’il ne tombe entre les mains des Nazis, au tout début de la Deuxième Guerre mondiale. Outre le plaisir extrême pris à ce formidable roman, j’avais été frappé par cette idée du mythe qu’on veut soustraire au totalitarisme.

Mais le vrai choc est sans doute venu de La Nuit sous le pont de pierre, de Leo Perutz. En une brassée de chapitres qui sont autant de nouvelles piquées à différentes périodes du règne de Rodolphe II, et qui sautent entre différents genres, du fantastique à la chronique historique en passant par le conte de fées, il trace un portrait historique et fantastique de l’époque, liant les mythes et les personnages historiques, en un tout dont la tragédie n’est pas sans rapports, à un niveau plus bourgeois, avec la chute de Camelot. Le premier chapitre est magnifique et totalement mystifiant: pourquoi le rabbin Loew brise-t-il la rose qui pousse, enlacée à un pied de chèvrefeuille, sous l’ombre du pont Charles? Il faudra attendre la fin du roman pour en avoir la réponse, belle, futile et injuste comme sont les tragédies. L’œuvre est tellement évocatrice que j’ai eu la surprise de constater sur place que le pont Charles correspondait dans la réalité à l’image que je m’en étais faite en lisant le livre.

C’est sans doute Perutz qui m’a décidé à aller faire un tour en République Tchèque. Il y a deux ans, j’y suis resté cinq jours. J’ai visité, j’ai adoré, et j’en suis revenu avec un bout de Prague logé dans la tête, qui continue à me titiller. Pourquoi? Les raisons ne manquent pas: c’est une ville splendide, particulièrement Malá Strana et le quartier de l’Hôtel de ville, avec leurs délires baroques, leurs sgraffites et leurs façades pastel toutes plus exubérantes les unes que les autres (le gris soviétique est pratiquement éradiqué: un des rares buildings qui a conservé ce hiératisme lourdingue est aujourd’hui une banque: la Société Générale. Normal, en fait). Elle grouille de mythes et d’auteurs, bien souvent fantastiques (Franz Kafka, Leo Perutz, Gustav Meyrink, Alfred Kubin, Karel Čapek, Jan Weiss); de musiciens (Smetana, Dvoȓak, Janáček, Mozart — dont le Don Giovanni fut un succès à Prague et un échec à Vienne, et qui a dédié sa 38e symphonie à Prague). Quant aux légendes, n’en parlons pas. Enfin, si: outre le Golem et les alchimistes de Rodolphe (en plus de John Dee et de son acolyte Kelly, le docteur Faust lui-même a traîné un temps dans la ville, selon la tradition), la ville grouille de fantômes (un guide des fantômes de Prague en comptabilise une bonne soixantaine, d’un pittoresque et d’une variété étonnants, dont certains semblent avoir trouvé le repos). Dans le quartier juif, rasé au début du XXe siècle pour des raisons d’hygiène (son labyrinthe abritait toutes sortes de trafics, de prostitution et de gargotes), s’attachent encore des légendes: Lovecraft y a logé des sorciers à longue vie, correspondants de l’infâme Joseph Curwen, on se demande en passant devant la synagogue Vieille-Nouvelle quelle fenêtre de sa façade donne sur la pièce sans porte où dort le Golem, et on admire l’horloge qui tourne à contresens. On songe aux poètes, écrivains et loustics divers qui, ivres, erraient la nuit de taverne en taverne, on imagine les brumes de Perle et de l’Autre côté et on s’attend à croiser le doppelgänger de Balduin, l’étudiant de Hanns Heinz Ewers.

Depuis ma visite, Prague m’obsède doucement. J’ai visité la ville en juin, il faisait chaud et beau, mais je n’ai aucune difficulté à appeler à ma mémoire la nuit et le brouillard, quand j’y pense. Je n’étais pas spécialement fan de Kafka, mais relire Le Château ou Le Procès en connaissant la ville permet de mettre naturellement en place quelques pièces visuelles. J’ai multiplié les guides. Outre celui des fantômes déjà mentionné, j’ai divers guides de voyage, des documentaires, quelques films (L‘empereur du boulanger, le boulanger de l’empereur, comédie de Jan Werich, tournée sous le régime soviétique et joliment, subversivement, humaniste; Werich obsédé par le Golem, qui fut à l’origine de la version de Julien Duvivier, dont Duvivier, qui n’était pas un marrant, a viré tous les aspects drolatiques; Werich qui est aussi l’auteur de Fimfárum, un recueil de contes illustrés par Jiȓi Trnka, le grand cinéaste d’animation et graphiste — les graphistes de Prague, voilà encore une catégorie abondante: Alfons Muchá, Alfred Kubin, Frantisek Kupka…). Le bouquin incontournable — qui n’a comme infime défaut que celui d’avoir été écrit en 1973, lorsqu’il semblait que jamais Prague n’échapperait à l’emprise soviétique — est le fabuleux Praga Magica d’Angelo Ripellino, qui dresse un catalogue exhaustif des personnages, mythes, auteurs, ivrognes, monuments, humeurs et brumes de Prague.

Et puis, il y a vingt ans aujourd’hui, Prague a connu l’écroulement du Mur à son tour, la Révolution de velours, et a élu à sa tête un auteur, Václav Havel. Élire un écrivain, encore un beau geste. Aujourd’hui, tout n’est pas rose pour autant: la ville est au bord de devenir une simple attraction touristique,  le pays est eurosceptique (j’y vois du bon et du mauvais, ceci dit), au point que certains rappellent que le velours faisait partie des fétichismes de Sacher-Masoch, chantre du masochisme. Mais le pays est aussi fortement mécréant. À tel point que Ben Sixteen, notre bon Pape, a dû y faire une tournée récemment pour tenter de rattraper la sauce: avec 40% d’incroyants revendiqués, le pays serait le plus athée du monde. Ah, c’est sûr que ça change de la Pologne!

Et je continue d’avoir Prague dans la tête, sans vraiment savoir pourquoi.





Un moment MoMA

14 11 2009

Je ne vais pas en faire une habitude, mais comme Tim Burton a supervisé un mignon petit clip pour annoncer son exposition au MoMA de Los Angeles, je le colle ici.





Pete, Dud et les fantoches

13 11 2009

Il y a pas mal de comiques britanniques qui restent quasiment inconnus ici. Un des plus célèbres outre-Manche est le duo de Peter Cook et Dudley Moore.

On connaît un peu plus ici Dudley Moore par sa modeste carrière à Hollywood, où on l’a vu dans 10 ou Arthur, deux films qui sont loin de démontrer l’étendue de son talent comique. Peter Cook est pratiquement inconnu, alors que son influence a été grande: les Monty Python qui ont travaillé avec lui à leurs débuts ne tarissent pas d’éloges sur son compte.

De façon plus anecdotique, le duo reçoit un hommage dans une nouvelle de Neil Gaiman, «La Spéciale des Shoggoths à l’ancienne», où un étudiant américain s’égare dans les landes de Cornouailles pour tomber sur l’autre Innsmouth, et deux habitants du cru sérieusement fêlés.

Voici un petit échantillon de la verve des deux trublions, un sketch où ils s’en prennent à une cible idéale, cette abominable parade de pantins pastel fétichistes des Dinky Toys, les Sentinelles de l’air.





Comme un Novembre…

7 11 2009

dagon

Y a des jours qui, au démarrage, ne se présentent pas sous les meilleurs auspices.

Ce matin, Superpouvoir a encore passé une nuit fatale: un hoquet rauque dans son sommeil et voilà le serveur à nouveau indisponible. Espérons un prompt rétablissement. Y a un comique de répétition qui ne fonctionne pas forcément très bien sur la distance.

Il pleut comme vache énurétique, et le moutonnement gris qui pèse sur Bordeaux ne laisse guère entrevoir d’amélioration. On passe de la sécheresse à l’envie subite de chercher du bois de construction et de regrouper par deux les rares animaux du cru.

Et à 16h00, je vais dédicacer chez Mollat, ce que j’entrevois d’ores et déjà comme un grand moment de solitude. Je vais quand même, avec un bel optmisme, apporter des feutres verts et des crayons pour les dédicaces: au moins, les rares (éventuels? hypothétiques?) pékins qui passeront pourront avoir un crobard un peu soigné. Un peu. En attendant, je ne sais pas si je dois me raser pour être en conformité avec mon portrait officiel ou si je vais rester barbu pour creuser la différence et bien faire comprendre que l’aspect académique sérieux de la photo est un gag.

Tiens, un bout de ciel bleu? Voilà qui confirme mon talent pour la prévision météo. Et donc, ajoutons au bilan de la journée:

Dès que je dis quelque chose, le monde conspire à me contredire…

Et voilà! Je sors d’ici, je vais sur Superpouvoir, et ça remarche. Bon, les mathématiques et la statistique voudraient par conséquent que la séance de dédicace soit un franc succès avec des hordes de fans en délire s’étripant pour obtenir mon précieux paraphe. Je ne sais pas si je ne préfèrerais pas le silence du stylite en méditation dans le désert.





Remember, remember, the fifth of November…

5 11 2009

Guido

Il faut vraiment que je lève le pied sur les titres en anglais. Mais c’est pas ma faute, ils s’imposent d’eux-mêmes.

Aujourd’hui, c’est en Grande-Bretagne — ou peut-être juste en Angleterre — que se célèbre traditionnellement la nuit de Guy Fawkes, l’un de ces conspirateurs (catholiques) qui avaient prévu en 1605 de faire sauter les chambres du Parlement et échouèrent assez piteusement, trahis par l’un des leurs. En commémoration, la coutume voulait que les petits Anglais sortent dans les rues en chantant une comptine:

Remember, remember the Fifth of November,
The Gunpowder Treason and Plot,
I know of no reason
Why the Gunpowder Treason
Should ever be forgot.
Guy Fawkes, Guy Fawkes, t’was his intent
To blow up the King and Parli’ment.
Three-score barrels of powder below
To prove old England’s overthrow;
By God’s mercy he was catch’d
With a dark lantern and burning match.
Holloa boys, holloa boys, let the bells ring.
Holloa boys, holloa boys, God save the King!

Ce faisant, ils traînaient de maison en maison un mannequin de paille et quémandaient de l’argent pour le Guy, pour finir par placer leur pantin sur un gigantesque bûcher, qui flambait joyeusement dans la nuit. Détrôné par Hallowe’en, fête plus commerciale, et donc soutenue par les marchands divers, le Guy Fawkes’ Night, ou Bonfire Night ne fait guère prospérer que les vendeurs de produits considérés comme dangereux, comme les allumettes et les pétards. Mauvaise carte de visite, de nos jours.

Il est curieux de remarquer combien cette fête s’inscrit en droite ligne dans toutes ces fêtes païennes (Hallowe’en, Samhain) qui tournent à la même période autour d’un grand bûcher et de l’exorcisme d’une crainte. Ici, pas de revenants, mais de nuisibles conspirateurs. On peut se demander si c’est la date qui a suggéré les modalités de la fête, ou si la date a été choisie en fonction d’un environnement favorable à des célébrations. Probablement la première hypothèse.

Bref, la fête de Guy Fawkes s’est logée de façon parfaite dans un créneau propice, qui lui a permis de se prolonger jusqu’à assez récemment: dans sa nouvelle “Candyman“, qui a inspiré plusieurs films, il me semble bien que Clive Barker évoquait la coutume, et on était encore dans les années 80. Elle a commencé à sérieusement dépérir dans les années 90, sous les coups de boutoir de Hallowe’en. De nos jours, la coutume n’est plus observée que dans quelques rares coins du pays (Chris Fowler parle de Lewes où existent encore plusieurs sociétés du bûcher et des célébrations assez enthousiastes). Ni l’excellente bédé V for Vendetta d’Alan Moore et David Lloyd, ni le plus visible (mais pas forcément réussi) film de James McTeigue n’ont ravivé assez le souvenir de Guy Fawkes pour relancer la coutume.

Curieusement, je n’ai pas en mémoire de célébrations de ce genre en France. Les feux chez nous sont réservés à la Saint-Jean. La Toussaint, le Jour des morts et les autres jours de cette période, ont été dédiés par l’église catholique au deuil, au souvenir des morts, à la mortification: habile détournement, assez proche des coutumes païennes — qui voyaient en ce jour une perméabilité entre le royaume des vivants et celui des morts — pour se greffer dessus sans risque de rejet trop violent. Et ça permet de supprimer une occasion de fête, parce que l’église catholique, soyons francs, a une vision assez peu débridée de la joie, en particulier de la joie publique.

Dommage: avec la pluie qui tombe enfin, une petite fête joyeuse ne serait pas de trop, ces jours-ci.





He knew all the tricks, dramatic irony, metaphor, bathos, puns, parody, litotes and… satire. He was vicious.

2 11 2009

PythLiv

En 1970, après une quatrième assez piteuse en anglais, matière où j’avais jusque-là brillé, il a été décidé que je ferais l’échange linguiste Bordeaux-Bristol, histoire de perfectionner mon anglais par un séjour d’un mois en Angleterre. Ce fut à Pâques, et ça reste un grand souvenir. En juillet est venu le tour d’Andrew, mon correspondant, que nous avons reçu un mois à Arcachon. Ses tentatives pour me convaincre que Jethro Tull était un groupe génial m’ont laissé de marbre, mais je me souviens aussi d’une conversation qui m’avait marqué. « En Angleterre, on a une série à se rouler par terre, à la télé. » Il m’a dit le nom, qui ne m’évoquait rien et que j’ai vite oublié, et m’a décrit un sketch qui avait l’air très bizarre, avec une vieille dame qui attendait à un arrêt d’autobus et qui, après deux autobus passés sans s’arrêter, faisait un croc-en-jambe au troisième.

J’ai souri avec indulgence. Ça avait l’air amusant, mais un peu neuneu.

Quelques années plus tard, je garde le souvenir d’un extrait de film passé à Monsieur Cinéma, l’émission de Pierre Tchernia. Un laitier se faisait vamper par une capiteuse créature en peignoir et la suivait chez elle pour se retrouver… enfermé dans une pièce avec d’autres laitiers. Pataquesse, ça s’appelait. Ça avait l’air rigolo et je serais bien allé le voir, mais le film, à ma connaissance, a eu en France une diffusion confidentielle qui ne comprenait pas Bordeaux.

Il aura fallu la sortie de Sacré Graal! pour que je voie enfin les Monty Python, qui étaient évidemment les types qui avaient signé cette émission qu’adorait Andrew et dont Pataquesse avait été une sorte de best-of. Depuis, c’est l’amour — y a pas d’autre mot.

Il y a des gens que j’aime profondément, les Python sont de ceux-là. J’ai une grande quantité de livres, de disques (les vinyles et les CD), de cassettes VHS enregistrées, de DVD et désormais de Blu-Ray.

Alors, évidemment Monty Python, the Truth (almost), DVD/Blu-Ray sorti pour le quarantième anniversaire du Flying Circus, je ne pouvais pas le rater. J’ai commencé à regarder (six épisodes d’à peu près une heure chacun, quand même) et je me régale. J’ai beau avoir lu et relu le récit de leurs parcours respectifs et de leur rencontre (notamment dans le massif The Pythons’ Autobiography By The Pythons), le premier épisode, qui traite du sujet, reste un peu magique tandis qu’on voit se mettre en place tout leur trajet: leurs parents, leurs enfances, les études, Oxford ou Cambridge pour les Britanniques de l’équipe, une université américaine pour l’Américain Gilliam, qui plaque tout pour travailler avec Harvey Kurtzmann; la découverte du Goon Show, les diverses rencontres (les Oxford d’un côté, les Cambridge de l’autre et entre les deux, Gilliam et le Bonzo Dog Doo-Dah Band). Des témoignages, des documents d’époque, on voit graduellement se disposer un contexte, des influences, une philosophie.

Montrinity

Dans le deuxième épisode, c’est le Flying Circus, le temps béni où un cadre de la BBC pouvait donner à une équipe de quasi inconnus un créneau et un budget pour tourner une série de treize émissions d’une demi-heure, comme ça (à mettre en parallèle avec un billet récent de Christopher Fowler furieux de voir un projet télé original rejeté par la BBC en faveur d’une nouvelle adaptation d’Emma de Jane Austen). Les débuts difficiles, l’angoisse de faire une émission dans un total silence, le public troisième âge de la première émission, et la divine surprise, la découverte graduelle qu’il y avait des gens qui regardaient!

Dans le troisième épisode, on aborde les problèmes internes, la répartition du travail, les clashes de caractères, principalement Cleese contre Jones. Avec des commentaires, des témoignages de fans célèbres (pêle-mêle Dan Aykroyd, Steve Coogan, Simon Pegg, et j’en passe), la difficile question Quel est le meilleur sketch des Python?, ce qui permet de voir des extraits du sketch du Perroquet mort, de la Danse des poissons giffleurs (Sanjeev Bhaskar déclare, et je me demande s’il n’a pas raison, que des clips de la Danse des poissons giffleurs parachutés sur les zones de conflit pourraient avoir des effets déterminants pour arrêter la guerre et unir les gens dans un éclat de rire — il cite en exemple sa réconciliation avec son père autour de ce sketch). L’émission ne fait pas l’impasse sur les conflits, on sent encore une certaine mauvaise humeur sur certains sujets.

Il me reste trois épisodes à visionner, pour aborder le virage vers le cinéma, puis l’éclatement du groupe. Mais d’ores et déjà, je ne saurais décrire tout le plaisir que j’ai pris à revoir des sketches que je connais par cœur (ah, la leçon de burlesque avec le jet de tartes à la crème) et à entendre cet historique d’un groupe que je place au plus haut de mes références.





À l’heure dite

1 11 2009

schooner

C’est désormais officiel (la mention figure sur une affiche que je viens de voir dans une de leurs vitrines), je vais dédicacer Les Nombreuses Vies de Cthulhu chez Mollat, samedi 7 novembre 2009 à 16h00.

Joie, joie, larmes de joie.

Bande de petits veinards.





Name of a dog!

31 10 2009

grandville

Un citoyen de la paisible et très britannique bourgade de Nutwood a été retrouvé baignant dans son sang. La pièce était fermée de l’intérieur, aucun signe de lutte. c’est clairement un suicide. Une belle théorie que l’inspecteur LeBrock de Scotland Yard démonte en dix secondes. Pour lui, Leigh-Otter a été abattu par des agents des mythiques Services secrets impériaux français. Leigh-Otter avait rendez-vous le matin même avec le premier ministre britannique, il était la veille encore à Paris, la Ville-Lumière, Grandville comme on l’appelle, la capitale du tout-puissant empire français. Qu’a-t-il découvert là-bas? LeBrock et son adjoint Ratzi prennent le train pour Grandville afin d’en avoir le cœur net.

albumL’album précédent de Bryan Talbot était le formidable Alice in Sunderland, un somptueux délire de styles et de sujets tournant autour des relations, diverses et plus étroites qu’il ne semblerait, qu’entretenaient Lewis Carroll et la ville de Sunderland, au nord-est de l’Angleterre. Grandville est une nouvelle collision de genres et de citations, pour un résultat épatant et ébouriffant. Polar situé dans un monde steampunk d’animaux humanoïdes, sur une intrigue policière dont les ressorts ne sont pas si éloignés de notre monde, avec des clins d’œil visuels saupoudrés en bonus (une affiche vantant le spectacle d’Omaha la danseuse, une partie de cartes avec des chiens…), Grandville est une histoire d’action qui se fonde sur les anticipations de Robida et les dessins de Grandville, où l’on retrouve le goût de Talbot pour les architectures grandioses, réelles et imaginaires. Aux allusions visuelles répondent des trouvailles dans les noms et des jeux de mots assez discrets dans les dialogues (très british, mais censés être français, comme on le découvre vite).

page

Si l’action et l’aventure spectaculaire prédominent, il ne manque pas non plus de clins d’œil plus doux-amers et poétiques, comme cette race animale originaire de la petite ville d’Angoulême ou l’interrogatoire d’une épave dans une fumerie d’opium. L’intrigue tient en haleine à la première lecture, mais un deuxième passage ne sera pas de trop pour se délecter des détails semés avec un art consommé par Bryan Talbot, qui continue à être hanté par le concept de la révolution.

Est-ce bien là une attitude très britannique, je vous le demande?

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• Dans un registre également très britannique et rétro, je recommande chaudement la très brève série télé The Mrs Bradley Mysteries, où Diana Rigg en divorcée non conformiste et freudienne circulant en Rolls pilotée par un chauffeur impeccable, résout des crimes dans l’Angleterre des années 1930. Outre le charme de l’actrice principale, toujours pétillante, et le caractère assez excentrique des affaires, on croise nombre de têtes connues, comme Peter Davison (le cinquième Docteur) et David Tennant (le dixième Docteur), ou un tout jeune Russell Tovey (Being Human), entre autres. Dommage vraiment que cette savoureuse co-production entre la BBC et une chaîne étasunienne se soit arrêtée au cinquième épisode.





Ré-Animation

31 10 2009

Allez, comme décidément Hallowe’en a fini d’être célébré en France, après la tentative ratée d’acclimatation des années 1990 et malgré les soubresauts lancinants des aficionados du culte de St-Jackson, qui nous tressautent Thriller à la moindre occasion, manifestons un peu notre esprit de contradiction en  postant trois génériques de vilaines séries télé traficotées pour s’insérer dans le thème macabre de la journée.